"Visite de Brahms. Un génie !" écrivit Robert Schumann en 1856 dans le journal qu'il tenait amoureusement avec sa femme Clara. Ce trait d'enthousiasme eut un impact immense sur la vie du jeune Brahms : non seulement cette ligne le jeta en plein Romantisme – Schumann mourant voit en lui son héritier – mais elle lui fit porter son souvenir tout au long de sa carrière ; Brahms s'attachera à faire connaître l'œuvre de son maître sur la scène européenne, et s'occupera de sa veuve et de ses enfants. Son éducation musicale est pourtant indissociable des cabarets viennois où il fit ses premiers pas comme pianiste aux côtés de son père jouant du violon. Son génie devenant évident, il fut amené à rencontrer Liszt, puis Schumann, et devint l'un des plus grands ambassadeurs de la musique germanique, notamment dans le domaine symphonique. Ses mélodies, parmi les plus belles jamais écrites au 19ème siècle, mélangent une origine populaire à la richesse harmonique de l'héritage classique. Pathétique, enfiévrée, amoureuse... La musique de Brahms semble explorer et révéler le cœur des émotions humaines, ce pourquoi elle semble encore aujourd'hui parler directement à l'âme. Explorez notre playlist, chantez ces mélodies éternelles, frissonnez à souhait ; impossible de rester insensible !

Danse hongroise no. 1 en sol mineur

Voici l'une des plus célèbres Danses hongroises – la Première – donnée par Gustavo Dudamel et le Göteborg Symphony Orchestra. Brahms ne revendique aucun nationalisme dans cette danse pourtant farouchement tzigane : le compositeur puise dans la musique populaire hongroise le dynamisme d'une rythmique soutenue, l'expression de mélodies simples et souvent minorisées, pour son seul potentiel musical. Le succès de ces danses, d'abord éprouvé dans les cabarets viennois où elles furent créées en piano à quatre mains, n'a jamais cessé depuis.

Symphonie no. 4 en mi mineur, op.98

Tout orchestre s'attaque avec un immense respect aux symphonies de Brahms ; flattant chaque pupitre, elles sont un sommet de l'art symphonique. Dans un souci de les représenter toutes les quatre, nous avons choisi le dernier mouvement de la Quatrième, jouée ici par Herbert von Karajan et le Philharmonique de Berlin, une vaste variation sur le thème initial de passacaille.

Trio pour violin, cor et piano en mi bémol majeur, op.40

Pour le Trio, Op.40 Brahms rassemble les trois instruments qu'il a pratiqués dans sa jeunesse : le violon, le cor et le piano. Inspiré par les forêts germaniques, l'œuvre porte davantage encore des souvenirs de jeunesse car la mère de Brahms décède durant la composition. Une intime et déchirante souffrance est perceptible dans le troisième mouvement qui s'étend comme un marche funèbre (à partir de 15'05'' dans le lien). Voici ce trio donné sur instruments d'époque par Isabelle Faust, Teunis van der Zwart et Alexander Melnikov.

Von ewiger Liebe (D'un Amour éternel), op.43 no. 1

Brahms a fait le choix conscient de ne pas composer d'opéra –  pourtant le rêve de toute une génération de compositeurs romantiques allemands – préférant défendre le principe d'une "musique pure" à défaut d'une musique à programme. Ses œuvres vocales, de l'oratorio à la cantate, sont pourtant très abondantes et incluent quelque 200 Lieder. Nous avons demandé à Clémence Faber l'une de nos rédactrices étudiante en chant au Royal Conservatoire of Scotland de Glasgow de nommer son Lied préféré.

"Ce que j’aime dans ce Lied, c'est cette façon très schubertienne de donner à chaque personnage un langage musical propre. Il y a des réminiscences d’Erlkönig… [...] On est en plein Sturm und Drang, un courant qui obéissait à la « théorie des passions »."

Sextuor à cordes no. 1 en si bémol majeur, op.18 

Brahms ne savait pas qu'un demi-siècle plus tard, il aurait pu avoir une carrière toute tracée dans le cinéma. Le lancinant Andante du Sextuor à cordes no. 1 en si bémol majeur, op.18 sert de bande-son au chef-d'oeuvre cinématographique de Louis Malle Les Amants (1957) mettant en scène Jeanne Moreau dans une puissante histoire d'amour.

Symphonie no. 3 en fa majeur, op.90

Georges Auric s'est inspiré du troisième mouvement Poco Allegretto de la Symphonie no. 3 pour la bande-son du film Aimez-vous Brahms (1961) d'Anatole Litvak. Le titre et l'intrigue du roman éponyme de Françoise Sagan le voulaient : Paula (Ingrid Bergman) est courtisée par Simon (Anthony Perkins), elle cède aux avances du jeune homme lors d'un concert Brahms auquel il l'invite, malgré la relation qu'elle entretient déjà avec Roger (Yves Montand).

La question soulevée par Françoise Sagan sacre à jamais Brahms comme le compositeur... de l'amour.

     

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Traduit de l'anglais