Sur sa butte dominant le petit village lorrain et ses prairies verdoyantes, l'église romane de Froville accueillait, le 21 mai dernier, le concert inaugural de son 25e festival de musique sacrée et baroque. La notoriété de cette manifestation qui dépasse la région et les frontières tient à la qualité de ses invités et à son esprit convivial voulu par une équipe organisatrice largement bénévole. Ses programmes ne s'interdisent pas de visiter certaines œuvres hors époque baroque stricto sensu pourvu qu'elles restent tournées vers des sonorités et des thèmes inventifs, à la fois savants et capables de faire vibrer l'auditoire. L'ouverture de cette 25e édition placée sous le signe de la tarentelle se devait d'être particulièrement festive. Elle l'a été au-delà de toute attente grâce à l'ensemble L'Arpeggiata fondé et dirigé par Christina Pluhar, elle-même malheureusement absente pour raison de santé. Présentant la soirée, Laure Baert-Duval, directrice artistique du festival, a souhaité son prompt rétablissement et a remercié les deux musiciens sollicités sur le champ pour assurer les deux rôles normalement tenus par Christina Pluhar : le chef, claveciniste et organiste Dani Espasa à la direction, et le luthiste Vincent Flückiger à l'archiluth.

Vincenzo Capezzuto, Cécile Scheen et L'Arpeggiata au Festival de Froville
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Il n'y a plus une place libre lorsque résonnent les premières mesures d'une « mélodie continue » où les pages savantes s'entrecroisent avec les airs populaires, les pièces instrumentales avec celles chantées, souvent sans interruption. Le lien est assuré par de prometteuses improvisations et modulations. D'enthousiastes battements de mains d'un public volontiers participatif accompagnent ou saluent les prestations de la scène. L'ambiance est donc faite d'un brillant et original mélange entre concert de musique baroque, soirée populaire au rythme des tarentelles mais aussi aux couleurs d'une jam session, voire d'une manifestation de musiques et danses actuelles avec leurs solistes et improvisateurs occupant tour à tour le devant de la scène. L'impression d'une profonde unité des arts musicaux se dégage, abaissant les barrières entre époques, pays et traditions.

On chemine sans interruption de l'instrumentale et virtuose La Dia Spagnola de Christina Pluhar sur un thème de Nicola Matteis, vers la truculente tarentelle Pizzica di San Vito interprétée par le chanteur Vincenzo Capezzuto dont la voix couvre avec souplesse un large ambitus. Ses qualités expressives et narratives accompagnées de pantomimes éloquentes, de pas de danse, de virevoltes suscitent un rire de surprise du public. En réalité, rien n'est incongru dans ce concert qui dépayse à merveille mais sans la moindre facilité, transportant le spectateur sous les cieux d'Italie du Sud qui pourraient être aussi bien ceux d'Amérique latine ou d'Europe centrale.

Cécile Scheen et L'Arpeggiata au Festival de Froville
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Les accents de la soprano Céline Scheen, en particulier dans le traditionnel Ninna nanna sopra la Romanesca puis dans le célèbre Lamento della ninfa de Monteverdi, conjuguent une grande pureté, dans les aigus notamment, avec un timbre parfois un peu plus mordant. Elle module ainsi avec beaucoup d'à-propos son chant selon le sens des paroles. Remarquables, sa puissance vocale et sa force de conviction se retrouvent aussi bien dans le Che si può fare de Barbara Strozzi.

Les solos et les prodigieuses ornementations de Doron Sherwin au cornet à bouquin impressionnent ; leur palette sonore va du timbre flûté aux éclats de la trompette. On est également ravi d'entendre et voir la dextérité, l'expressivité de David Mayoral frappant son tambourin et autres percussions dont le profond retentissement charpente de manière continue, intelligente et sensible le cadre rythmique de la musique. Après avoir accompagné à la guitare baroque le Sfere, fermate de Sigismondo d’India pour soprano avec un respect du chant fin et touchant, Josep Maria Martí Duran emmène sa guitare baroque dans une fougueuse série d'accords et de lignes mélodiques reflétant l'énergie et la poésie d'un monde méditerranéen – performance inévitablement suivie d'applaudissements enflammés !

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