Concert exceptionnel à plus d’un titre dans la saison de l’Orchestre de la Suisse Romande en cette belle soirée d’avril. Non seulement le printemps semble enfin s’annoncer, mais nous avons le plaisir d’entendre deux pièces trop rarement jouées : Essay n°2 de Samuel Barber, ainsi que le Konzertsück pour quatre cors et orchestre en fa majeur de Robert Schumann et le tout dirigé, et c’est notable, par une des rares femmes chefs d’orchestre de renommée internationale, l’américaine Marin Alsop.

Marin Alsop © Adriane White
Marin Alsop
© Adriane White

Prise en main que l’on pourrait caractériser de « punchy », sa direction est ferme, le geste haut, saccadé, énergique et volontaire. Et si Gilbert Bécaud était surnommé « Monsieur 100'000 volts » ont pourrait en dire tout autant de Madame Alsop. Les gestes ne cherchent ni la profondeur, ni l’économie : la baguette virevolte, chaque entrée est soulignée d’un geste précis, à se demander d’où lui provient une telle énergie mais aussi ce désir de tout maîtriser…

Dès la première phrase, on est sous le charme de la palette de nuance du hautbois solo et les très belles couleurs de la flûte. Dans la partie médiane, on aura apprécié ces vents qui pépient, les cordes aux envolées lyriques, les basses ronflantes, les timbales alertes. La cheffe aura su préserver une certaine homogénéité malgré la grandiloquence des cuivres dans la conclusion et apporter une belle énergie à l’œuvre qu’elle a d’ailleurs enregistrée avec le Royal Scottish National Orchestra.

C’est avec le roboratif Konzertstück pour quatre cors et orchestre en fa majeur de Schumann que se prolongeait la première partie en mettant en scène quatre cors de l’Orchestre de la Suisse Romande : Jean-Pierre Berry, Alexis Crouzil, Clément Charpentier-Leroy et Pierre Briand, quatre solistes qui se répartissent en deux générations et dont on en peut que louer la belle homogénéité dans le son. La relève de messieurs Crouzil et Charpentier-Leroy est rayonnante et revèle une vraie cohésion et un bel esprit d’équipe. Les deux jeunes encadrés par leurs aînés relèvent le défi avec un panache éclatant, faisant montre d’un bel enthousiasme et se taillant la part du lion dans les traits virtuoses. 

Après les deux accords introductifs d’orchestre, l’œuvre déploie ses fastes, les aigus sont beaux, les belles reprises du cor grave sont royales, l’orchestre accompagne avec tempérament sans écraser. La belle suavité de la « Romanze » permet notamment d’apprécier la sensibilité de Clément Charpentier-Leroy et Pierre Briand. S’ensuit le conclusif « Sehr lebhaft » endiablé qui finit de convaincre le public de la qualité interprétative des solistes qui savent dépasser la simple virtuosité et donner beaucoup d’âme à une œuvre enthousiasmante.

C’est avec un Summertime magnifique que les 4 cors finissent de convaincre un public qui leur réserve une ovation bien méritée. Ce bis confirme la sensation que nous avons pu ressentir tout au long de la saison : l’Orchestre de la Suisse Romande possède actuellement un pupitre de cor de tout premier ordre !

Deuxième partie du concert. La fameuse Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák débute dans un pianissimo éclatant, mais à mesure qu'elle se déploie, elle semble manquer de grandes lignes et d'une vision globale. L’orchestre se révèle très homogène, mais peu à peu se ressent un petit défaut déjà perçu lors de la première partie : la direction de la cheffe d’orchestre pâtit de sa dimension pléthorique. Le geste est très vif, parfois trop, et semble vouloir tout indiquer. Ainsi le « Scherzo » ne semble pas tant maîtrisé que contenu. L'émoi lyrique laisse place à un sentiment de sagesse mesurée, dont on aura noté des lignes de cors peu chantées, des traits de timbales presque agressifs, les cuivres simplement scandés. Le tout devient martial plus qu'héroïque et romantique. Si la symphonie manque peut-être sa cible, elle ne démérite pour autant. Elle aura en tout sonné une partie du public par tant d’énergie déployée.

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