Moment fort du festival Bach en Combrailles, la violoncelliste Elena Andreyev proposait le second volet d’une intégrale des suites pour violoncelle de Bach entamée lors de la saison précédente. Dans une église de Mérinchal à l’auditoire particulièrement attentif, l’artiste proposait dans l’après-midi du 11 août les Suites nos 1, 5 et 6 sur deux instruments : le premier en scordatura pour la suite en do mineur, suivi d’un violoncelle à cinq cordes pour la suite en ré majeur.

Elena Andreyev
© Antoine Thiallier

Elena Andreyev présente brièvement la genèse des œuvres et le mystère de leur destination instrumentale – ces sujets seront abondamment discutés au cours du « Café Bach » du lendemain matin, rendez-vous dont le festival s’est fait une spécialité, pour le plus grand bonheur du public. En livrant ces pages sans le secours de la partition, l’artiste d’origine russe affiche une concentration admirable, le périlleux exercice fait entrevoir une maîtrise technique impressionnante qui laisse place à la moindre intention expressive. Cette simplicité du discours est particulièrement remarquable dans la sonorité surnaturelle du prélude en ré, dans les sinuosités superbes de l’allemande déroulées avec un art infini, dans les accents déchirants de la sarabande. Très caractérisées, les danses respirent naturellement, leur aplomb contraste avec le rubato savamment organisé de préludes à la singulière tournure poétique. En bis, une bourrée simple et bien terrestre clôt en douceur cette puissante communion entre un compositeur, une interprète et le public.

Les Récréations
© Vincent Morel

Le lendemain dans l’église de Montel-de-Gelat, les cordes des Récréations ne manqueront pas non plus de persuasion dans un programme consacré à l’art du contrepoint. Privé d’un instrument de continuo polyphonique (clavecin, orgue ou luth), l’ensemble recrée une tradition mal connue souvent éclipsée par le genre de la sonate – on est ici davantage dans le souvenir du consort que dans une préfiguration du quatuor à cordes classique. Le programme très original nous mène de Palestrina (référence du contrepoint classique) à L’Art de la fugue de Bach en passant par l’art subtil des Anglais du XVIIe siècle.

La sonate d’Alessandro Scarlatti étonne par sa richesse d’invention et de caractère, la suite de Locke ajoute un parfum harmonique inédit à la suite de danses française. Mené par un Matthieu Camilleri très éloquent, le quatuor réagit diversement à la complexité du tissu polyphonique, et si l’alto (trop?) discret de Clara Mühlethaler communique avec finesse avec ses partenaires, quelques entrées manquées (et rattrapées par un sens aigu de l’improvisation) révèlent le degré de concentration exigé par de telles œuvres. Aussi à l’aise dans la rigueur expressive de Bach que dans les troubles accents de la Fantaisie de Purcell, Les Récréations donneront en bis une transcription d’une sonate de Scarlatti aux accents brahmsiens, devant un public conquis.


Le voyage de Philippe a été pris en charge par le festival Bach en Combrailles.

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