La Philharmonie de Paris consacrait ce week-end du 10 et 11 mars à l’œuvre de Haendel, proposant entre autres l'opera seria Ariodante, composé en 1734 sur un livret d’Antonio Salvi et créé à Covent Garden l’année suivante. Cette représentation était suivie le lendemain d’une leçon de musique dispensée par William Christie himself, qui y a évoqué l’esthétique marquée par l’école italienne et les inventions mélodiques propres à cette œuvre, comptant parmi les plus caractéristiques de l’immense production haendelienne.

© Juliette le Maoult
© Juliette le Maoult

Cette nouvelle production, créée à l’Opéra de Vienne dans une mise en scène de David Mc Vicar et avec Sarah Connolly dans le rôle-titre, était ici donnée en version concert par Les Arts Florissants dirigés par un William Christie très inspiré, à la direction très dynamique, faite de ruptures franches notamment dans les scènes pastorales et au début du deuxième acte lorsque les violons figurent l’évocation nocturne de la lune. Le chef se montre par ailleurs profondément attentif aux chanteurs – dont les entrées aiguillent souvent les départs – et offre une dimension à la fois claire et dramatique à cette partition à l’instrumentation relativement modeste. 

Seul changement opéré dans cette distribution de grande qualité, le remplacement de Sarah Connolly, habituée du rôle, par la mezzo-soprano américaine Kate Lindsey, flamboyante dans le rôle d’Ariodante qu’elle aborde pour la première fois. Son interprétation bouleversante de l'aria si sombre « Scherza, infida » compte asurément parmi les plus justes et les plus émouvantes. Se tenant droite, faisant preuve d'une dignité et d'une puissance où l'on devine néanmoins la tristesse et à l'affliction extrême qu'elle ressent en répétant inlassablement à l'infidèle qu'elle la conduit à la mort, Kate Lindsey donne ici une couleur nouvelle à cet aria dont les interprétations historiques – notamment celles de Janet Baker ou encore Lorraine Hunt – rendent l'exercice particulièrement délicat. Son timbre est profond, sa voix très expressive et ample, et son jeu d’actrice d’une grande justesse – autant de traits si souvent caractéristiques de l’école américaine. Face à elle dans le rôle de Ginevra, la soprano israélienne Chen Reiss fait montre d'une voix riche, très nuancée et donnant à entendre des aigus cristallins propices à figurer le désespoir – notamment en fin d’acte II. Saluons la sensibilité et la fragilité exprimée par la jeune soprano Hila Fahima. Evoluant sous les traits de Dalinda, elle offre ici une interprétation brillante du rôle, sachant allier la subtilité d’un timbre rayonnant et chaleureux à un jeu empreint de finesse quoique parfois trop égal.

Sous les traits de Polinesso, nous retrouvons le contre-ténor Christophe Dumaux, dont l’ambitus vocal profond est largement mis à profit, offrant notamment une interprétation faite d’aigus très pleins et projetés dans l’aria « Dover, giustizia, amor » au dernier acte. Rainer Trost dans le rôle de Lurcanio fait preuve d’une gravité et d’une intensité tout à propos pour illustrer l’amour qu’il porte à Dalinda qui se refuse à lui. Le rôle du père de Ginevra, roi d’Écosse, est tenu par Wilhelm Schwinghammer qui, s’il démontre ses aptitudes à osciller entre une voix suave, puissante et plus solennelle, se montre hélas moins convaincant dans son jeu théâtral. Anthony Gregory est quant à lui un Odoardo très juste : sa voix ponctuée d’aigus solaires associé à sa présence charismatique mêlée de retenue est très convaincante dans ce rôle très secondaire.

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