Organisé par les clubs Rotary, Rotaract et InnerWheel de Toulouse au bénéfice de la Fondation Toulouse Cancer Santé, un concert réunissait vendredi soir à la Halle aux Grains des artistes de renom, pour un programme musical rare et brillant autour de la figure tutélaire de Johann Sebastian Bach. Ainsi l’ensemble à cordes de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, les pianistes David Fray (également à la direction de cette soirée), Emmanuel Christien, Audrey Vigoureux et leur ancien professeur Jacques Rouvier s’associaient pour offrir au public cinq concertos pour deux, trois et quatre claviers. Le déroulé reproduisait celui du disque enregistré par ces mêmes musiciens à la Chapelle des Carmélites de Toulouse, avec l’idée « d’offrir un panorama des œuvres pour plusieurs claviers de Bach ». La recherche scientifique rejoignait ici la recherche musicale : celle du maître de Leipzig, explorateur de l’écriture et de l’instrumentation ; celle des interprètes réunis en formation de chambre, cherchant un son original tout en respectant l’historicité et la musicologie autour des œuvres ; celle d’un maître et d’anciens élèves imaginant un timbre collectif sans annihiler les individualités.

David Fray, Emmanuel Christien, Audrey Vigoureux et Jacques Rouvier avec l'Orchestre de Toulouse © David Herrero
David Fray, Emmanuel Christien, Audrey Vigoureux et Jacques Rouvier avec l'Orchestre de Toulouse
© David Herrero

Une première partie se voit consacrée aux duos où David Fray échange avec chacun de ses compagnons. Le premier Concerto pour deux claviers en ut majeur (BWV 1061) le réunit avec son ancien maître. Dès le premier mouvement « Allegro », on apprécie la complicité qui unit les deux pianistes, avec un admirable jeu de transfert du son et de la couleur des motifs dans l’espace, d’un clavier à l’autre. Le mouvement central de l’« Adagio ovvero largo » propose ensuite un dialogue subtil entre les deux artistes, l’orchestre restant en retrait. La « Fuga » finale alterne passages pianistiques et commentaires ponctuels des cordes, avec un sens du contraste, cette fois-ci, tout à fait approprié : d’un côté, le piano de David Fray, allié aux cordes, offre un jeu doux et feutré ; de l’autre, celui de Rouvier, suivi par les basses, témoigne d’un jeu plus sec et éclatant. L’ensemble se retrouve dans les ultimes phrases de la pièce dans une synchronisation parfaitement tenue. 

C’est ensuite le Concerto pour deux claviers en ut mineur (BWV 1062) qui est proposé au public par David Fray, rejoint par Audrey Vigoureux pour une interprétation toute en articulation. Dès le « Vivace », on apprécie la maîtrise des ornements aux deux claviers, avec notamment un sens exquis du jeu piqué. Malgré l’utilisation d’instruments anachroniques, le « Largo ma non tanto » montre ensuite une volonté de respecter l’écriture historique, avec un orchestre sans vibrato et des solistes ne proposant qu’un rubato conclusif, sans excès, pour chaque mouvement. Lancé à un tempo trop vif pour laisser s’épanouir le discours, l’« Allegro assai » est moins clair en dépit d’une diction très rigoureuse. 

Nouveau changement de pianiste, avec l’entrée d’Emmanuel Christien pour le Concerto pour deux claviers en ut mineur (BWV 1060). La ritournelle de l’« Allegro » est traitée avec douceur alors que la direction de David Fray se fait plus présente et méticuleuse pour les pizzicati de l’« Adagio ». Concluant en beauté cette première partie riche et variée, les deux virtuoses mettent une énergie dense et féroce dans les derniers traits, David Fray allant jusqu’à bondir de son clavier aussitôt après avoir posé sa dernière note.

La seconde partie voit l’effectif s’épaissir avec le Concerto pour trois claviers en ré mineur (BWV 1063). Les parties très divisées s’enchaînent sans problème, opérant le tour de force de conserver un toucher spécifique à chacun au sein d’une couleur commune globale. La multiplicité des timbres atteint cependant son paroxysme avec le Concerto pour quatre claviers en la mineur (BWV 1065), transcription du Concerto pour quatre violons en si mineur opus 3 n° 10 d’Antonio Vivaldi. Les motifs dépouillés circulent d’instrument en instrument avec un effet d’écho amusant. L’interprétation pointilleuse des quatre pianos, parfaitement synchrones, amène un « Largo » particulièrement lunaire, avant un finale léger et enjoué. 

En bis, la reprise du premier mouvement prolongera l’esprit solidaire et collectif de la soirée… que les parisiens pourront revivre dans quelques jours : rendez-vous pour cela le 29 novembre, au Théâtre des Champs-Élysées.

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