Le Ballet de l’Opéra de Lyon est de retour au Théâtre de la Ville avec quatre œuvres contemporaines, dont une création : Xylographie (2016) de Tânia Carvalho, Sunshine (2014) d’Emanuel Gat, Black Box (2013) de Lucy Guerin et One Flat Thing Reproduced (2000) de William Forsythe. Cette nouvelle tournée du Ballet de l'Opéra de Lyon  donne une vue d’ensemble sur une compagnie au savoir-faire résolument contemporain et au répertoire exploratoire, ancré dans le présent de la chorégraphie.

<i>Black Box</i> © Michel Cavalca
Black Box
© Michel Cavalca

Le spectacle s’ouvre sur Xylographie, création inédite de Tânia Carvalho qui interroge le procédé de xylographie, la réplication d’une image par surimpression. A travers des tableaux de groupe et de longues files humaines, la chorégraphe suggère la propagation du mouvement, diffracté en plusieurs séries de gestes décalés. Bien que la recherche conceptuelle autour de cette création soit intéressante, son aboutissement chorégraphique paraît brouillé. Dans des costumes inutilement laids, dont les semblants de plumes évoquent une indianité hors de propos, les danseurs déploient une gestuelle animale, acérée et agile, qui leur donnent des airs d’oiseaux malfaisants. Les crissements de l’habillage sonore d’Ulrich Estreich amplifient cette dimension inquiétante. Xylographie s’apparente ainsi davantage à une danse macabre ponctuée de poses collectives, reflétant peu le principe de décomposition photographique, et se perd dans une étrange vision aviaire.

Sunshine, d’Emanuel Gat, fait preuve de plus de simplicité. Créée en 2014 à partir d’improvisations de jeunes artistes de la compagnie, la chorégraphie a des allures de répétitions en studios. Les danseurs en joggings et chaussettes glissent sans jamais s’interrompre dans une respiration très naturelle. La bande-son, qui rassemble plusieurs morceaux d’Haendel, est entrecoupée des commentaires enregistrés des musiciens s’exerçant sur la partition. Véritable mise en abyme du spectacle, Sunshine fait donc office de démonstration du Ballet de l’Opéra de Lyon dans sa jeunesse et son inventivité.

En imaginant le décor d’une grande boîte noire qui s’ouvre et se referme, Lucy Gerin a signé en 2013 une œuvre contemporaine aussi surprenante que fascinante. Seule source de lumière dans l’obscurité, la boîte noire illumine la scène à mesure qu’elle se soulève et découvre des groupes de danseurs en mouvement. En redescendant, la boîte noire piège les corps à l’intérieur et calfeutre la lumière, avant de s’ouvrir sur de nouveaux danseurs, apparus comme par magie. L’un d’entre eux parvient un temps à s’échapper de l’enceinte lumineuse de la boîte, occasion d’un solo magnifiquement interprété par Tadayoshi Kokeguchi, avant que la lumière ne le happe de nouveau.

<i>One Flat Thing Reproduced</i> © Michel Cavalca
One Flat Thing Reproduced
© Michel Cavalca
Enfin, avec One Flat Thing, Reproduced, chorégraphiée en 2000 par William Forsythe, le Ballet de l’Opéra de Lyon montre qu’il collabore également avec les plus grands noms de la danse moderne. Dans une ambiance de garage, une marée de tables de métal quadrille la scène violemment éclairée aux néons blancs. Les danseurs se jettent dans une symphonie chorégraphique à la fois furieuse et méthodique, dont la froideur hypnotise. La bande-son très underground, constituée de scratchs et de sons de micros, rythme les débordements d’énergie qui fusent à tous coins du plateau. Le Ballet de l’Opéra de Lyon canalise avec beaucoup de maîtrise le flux violent du mouvement du chorégraphe et offre à One Flat Thing, Reproduced une très belle cohésion d’ensemble. 

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