C’est peu dire qu’ils étaient attendus ! C’est un des grands évènements de cette rentrée musicale : les Berliner Philharmoniker et leur directeur musical, Kirill Petrenko, font salle comble pour deux concerts à la Philharmonie de Paris. Leur dernière venue dans la capitale remonte à mai 2019 et leur traditionnel Europa Konzert au Musée d’Orsay, alors que Petrenko n’avait pas encore pris ses prestigieuses fonctions à la tête de la phalange. Un Covid-19 plus tard et les revoici enfin à Paris dans une forme olympique.

Kirill Petrenko dirige les Berliner Philharmoniker
© Stefan Rabold

Après Berlin, Salzbourg et Lucerne, ce n’est pas la première fois que les Berliner jouent ce programme Weber-Hindemith-Schubert. Et pourtant, l'orchestre donne l’impression, dès le début de l’ouverture d’Oberon de Weber, d’une fraîcheur de jeu et d’esprit déconcertante. Certaines personnalités se font remarquer d’entrée de jeu, Stefan Dohr en tête au cor pour un solo introductif d’une suavité pianissimo magique. Viennent ensuite des accords nets et tranchants qui lancent un Allegro con fuoco effectivement enflammé, où l’orchestre jubile tout entier dans une ouverture où les plans sonores sont parfaitement équilibrés.

Le choix du programme est particulièrement important en tournée. Hindemith paraît être un compositeur apprécié, Muti et le Chicago Symphony Orchestra l’ayant déjà mis à l’affiche lors de leur tournée européenne début 2020. Il faut dire que ses Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber mettent bien en valeur l’orchestre. Individuellement, on retient le chant infini du hautbois de Jonathan Kelly au vibrato très serré et dense et un Emmanuel Pahud impérial dans le solo fleuve de l’Andantino central, avec sa sonorité sculptée et massive. Collectivement, c’est tout simplement hallucinant d’homogénéité dans les cordes, de projection chez les cuivres et de densité et d’intensité tout le long du périlleux crescendo orchestral du tourbillonnant Scherzo où l'on suit, sans en perdre une miette, le thème passer de pupitre en pupitre. La Marsch finale n’en est que plus éblouissante : Petrenko s’en donne à cœur joie avec les cuivres et les percussions dans une grande salle Pierre Boulez qui encaisse sans problème le déferlement berlinois.

Les Berliner Philharmoniker à Paris
© Stefan Rabold

La Symphonie n° 9 de Schubert, dite « La Grande », clôt le concert. Penchons-nous un peu plus sur le chef, Kirill Petrenko. À la tête des Berliner depuis août 2019, il tente à son tour d’imprimer sa marque dans cet orchestre à l’identité forte et à l’histoire riche. Assez statique au podium, il bat rarement la mesure et affiche un geste performatif synonyme d’une osmose totale avec l’orchestre : la moindre demande de nuance, de phrasé, d'accent est instantanément traduite. Ainsi les cors réagissent au quart de tour quand son bras se lève vers eux pour faire ressortir leur partie, et les cordes d’attaquer comme un seul homme dans le Scherzo ! Les tempos sont – comme dans Oberon – vifs, les phrasés serrés et les tuttis magistraux, avec une prédominance des cuivres dans les accords. Seule faille notable, l’interprétation pâtit d’un trop-plein d’énergie : le chef ne laisse pas beaucoup respirer les musiciens dans cette symphonie qui paraît alors parfois exagérément imposante, ici trop lourde, là manquant d’élégance et de finesse.

Qu’à cela ne tienne, les Berliner emportent une franche adhésion du public de la Philharmonie, ravi d’avoir entendu un orchestre presque venu d’un autre monde musical. Cela augure le meilleur pour le second concert du lendemain, encore plus impressionnant que le premier, laissant à peine le temps aux spectateurs de se remettre de leurs émotions…

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