Placée sous le signe des célébrations du centenaire de l'indépendance du pays, la 20e édition du festival « Les touches tchèques de la musique » revêtait une dimension symbolique particulière. Trois œuvres du répertoire national étaient au programme de son concert de clôture, ce dimanche 6 janvier à Prague : le Prologue Symphonique de Jiří Pauer, le Concerto pour violoncelle de Dvořák sous l'archet de Camille Thomas et la Sinfonietta de Janáček. L'Orchestre Symphonique de la Radio Tchèque était conduit par le jeune chef Marek Šedivý.

Camille Thomas © Dan Carabas / Deutsche Grammophon
Camille Thomas
© Dan Carabas / Deutsche Grammophon

De Jiří Pauer, compositeur tchèque peu présent en Europe de l'Ouest mais très représentatif de la Tchécoslovaquie de l’après-guerre, le Prologue Symphonique (1972) est une œuvre répondant à certains canons de la composition musicale de l'époque tout en affirmant une réelle liberté harmonique. Outre le caractère grandiose d'une grande partie de la pièce, on a entendu quelques réminiscences de danses slaves bienvenues. L'orchestre aussi puissant que chatoyant a pu mettre en valeur ses éminentes qualités, sous la direction remarquablement précise d'un talentueux Marek Šedivý.

L'interprétation du Concerto pour violoncelle d'Antonín Dvořák a constitué un moment d'intense émotion. La violoncelliste Camille Thomas s'est faite en quelque sorte conteuse, conservant une certaine distance avec le contenu subjectif de l'œuvre, au contraire d'autres solistes qui donnent plutôt à voir et à entendre ce qu'eux-mêmes ressentent. Ce faisant, elle s'est rendue disponible pour veiller à ce que le public parvienne, lui aussi, à éprouver pleinement et le plus directement possible la valeur de l'œuvre.

Le tempo de la violoncelliste paraît parfois légèrement ralenti, telle l'attaque initiale du premier mouvement. Ce tempo offre à l'auditeur une respiration le rendant plus disponible à l'accueil de la musique, aux sentiments, aux images qu'elle inspire ; accueil au demeurant déjà préparé par la belle présentation du thème aux différents pupitres de l'orchestre. On retrouve cette relative lenteur dans la présentation du second thème, révélant d'autant mieux son caractère extrêmement expressif. Le violoncelle, dit-on, évoque la voix humaine. Une belle illustration en a été donnée, donnant souvent l'impression, dans le célèbre « Adagio ma non troppo » en particulier, qu'il venait chanter quelque romance affectueuse à l'oreille des mélomanes. Cette attitude n'empêche pas, bien au contraire, Camille Thomas de briller par une extrême virtuosité. Comme pour le tempo, les attaques, les traits de doubles croches, les gammes véloces, les enchaînements ne sont pas de simples exercices de virtuosité mais une manière de s'adresser avec éloquence au public, au nom du compositeur.

On sait l'importance accordée à chaque pupitre par Dvořák dans cette œuvre : absence de cadences conséquentes pour le soliste mais interventions de premier plan et répétées des différents vents et cordes, nombreux dialogues, accompagnements et ornementations réciproques entre la violoncelliste, les pupitres ou le tutti orchestral. D'où la nécessité d'un équilibre subtil entre les parties, chacune devant tenir toute sa place sans supplanter pour autant les autres. Défi presque toujours parfaitement relevé ici par Camille Thomas et un orchestre dont la rigueur, la cohésion mais aussi le brillant, le velouté en font un excellent partenaire. Ensemble ou séparément, tous les pupitres ont convaincu, tant dans l'exposé des thèmes que dans les solos, les développements, les dialogues avec la violoncelliste ou les tutti conclusifs.

Les qualités de l'orchestre et la finesse, la sûreté du chef Marek Šedivý n'ont été en rien démenties dans l'œuvre venue clore la soirée, la Sinfonietta de Leoš Janáček. La fanfare d'ouverture a bien sonné, les tubistes et les trompettes basses s'appliquant à donner à leur timbre un éclat ouvrant la voie au mouvement introductif, conduit sans faiblesse par les neuf autres trompettes. Tout comme dans la reprise finale, en forme d'apothéose. Dans l'intervalle, la souplesse de la formation a permis de traverser sans rupture toutes les atmosphères, passant de danses slaves à de joyeuses scènes animées puis parfois à des formes plus calmes. Tous les instruments entrant ou sortant du jeu, se répondaient avec un saisissant effet stéréophonique. Un concert riche de couleurs et d'émotion.

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