Parmi les événements exceptionnels qui auraient dû marquer la vie musicale strasbourgeoise les saisons dernières, une intégrale des cinq concertos pour violon de Mozart confiés à David Grimal, soliste et direction, devait être présentée au public strasbourgeois. La crise sanitaire en a décidé autrement. Cette prestation a toutefois pu trouver finalement et fort heureusement place dans la présente saison, ces 24 et 25 février. Se présentant plus habituellement devant l'orchestre Les Dissonances qu'il dirige, David Grimal a joué ici au côté d'une formation de chambre composée de musiciens du Philharmonique de Strasbourg. Et la greffe a pris...

David Grimal et les musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg
© Grégory Massat

Les cinq concertos pour violon ont été composés par le jeune Mozart de 1773 à 1775. Il est possible que parmi eux, l'écoute du troisième et du cinquième éveille davantage le souvenir d'avoir déjà été entendus tant l'oreille des mélomanes est accoutumée à y reconnaître l'empreinte mozartienne. L'Allegro initial du Concerto n° 3 installe une atmosphère primesautière laissant place à un Adagio où la cadence soliste dessine une ligne d'une fascinante pureté, héritage de Bach semblant tout droit conduire à Mozart. Le finale de ce concerto dit « de Strasbourg », bien nommé eu égard à son exécution au Palais de la Musique et des Congrès de la capitale alsacienne, se distingue par son ambiance populaire tonifiante. Il en va de même dans le Concerto n° 4 lorsque l'un des Andante grazioso du rondo final est accompagné d'une note grave tenue rappelant l'ancestrale vielle à roue. Reflet de toute une soirée d'allégresse et de ferveur, le Concerto n° 5 « Turc » débute par un Allegro aperto bien proche d'un Vivace. Sa légèreté et son entrain trouvent un dernier écho dans un finale magistral après un Adagio particulièrement lumineux sous l'archet de David Grimal.

David Grimal et les musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg
© Grégory Massat

Le jeu du violoniste et la sonorité de son Stradivarius offrent une palette étendue et contrastée d'impressions musicales, rendant ainsi justice aux œuvres, de manière vivante et originale. Aux aspérités des cordes frottées évoquant parfois le timbre d'un instrument baroque dans le premier mouvement du Premier Concerto succède le son poli et chaud des graves de l'Adagio, ou encore la pureté de magnifiques aigus dans la cadence de ce même mouvement. Plus généralement, richesse harmonique, finesse des nuances, netteté des attaques se doublent d'une impressionnante virtuosité : la célérité, les ornementations, les intervalles et sauts d'octave sont réalisés avec brio. L'expression d'une joie, d'un bonheur éclatant dans l'Allegro molto du Deuxième Concerto peut en témoigner. Cependant, la manifestation de ces qualités ne prend jamais le pas sur la ligne musicale principale dont le chant, le rythme bien marqué, l'intention narrative, occupent toujours le premier plan. Tout pathos appuyé risquant de nuire à cette clarté est évité.

L'écriture des cadences solistes de Brice Pauset contribue à faire ressortir cette forme de sensualité entraînant l'auditeur dans un irrésistible flux de sensations séduisantes, riches de sonorités, mais aussi de contours inattendus puis de résolutions finales assurant une heureuse transition avec la reprise orchestrale. La liberté de mouvement affichée sur scène par le soliste avec, souvent, un brin d'humour et de convivialité, incarne aussi l'esprit de l'interprétation.

David Grimal et les musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg
© Grégory Massat

Une étroite entente s'est forgée entre la formation de chambre de l'OPS et le soliste et chef invité, qui a pu retrouver là, selon toute apparence, l'excellent compagnonnage que lui offre habituellement l'orchestre Les Dissonances. On perçoit les regards constamment échangés entre musiciens ; la cohésion musicale et la complicité sont de chaque instant. Au premier violon, Charlotte Juillard met sa compétence de supersoliste de l'OPS, de chambriste et également de membre des Dissonances au service de l'ensemble, assurant, excellemment et en parfaite complémentarité avec David Grimal, la coordination des attaques, des tempos, des accents, des nuances. L'orchestre, véritable partenaire du soliste, donne réponse et ampleur aux propositions que semble lui adresser le violon solo, durant en particulier un Andante du Concerto n° 2 d'une superbe fluidité.

Acclamé pour sa prestation en compagnie des musiciens de l'OPS, c'est sur une note profondément bouleversante que David Grimal revient sur scène pour dédier aux victimes de la guerre en cours en Ukraine le premier mouvement Grave de la Sonate n° 2 en la mineur BWV 1003 de Bach.

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