Le Festival Ravel prolonge la période estivale à Saint-Jean-de-Luz. Pour l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine, ce concert sur la côte basque était l'occasion d'une agréable rentrée. Garnie de grands rideaux noirs et de quelques plantes délimitant la scène, la salle du Jaï-Alaï, où s'organisent chaque année les Internationaux de pelote basque, accueillait la formation bordelaise pour un riche concert de musique française.

Marc Coppey © Ulrike von Loeper
Marc Coppey
© Ulrike von Loeper

Avec le tableau « Chasse royale et orage » extrait des Troyens de Berlioz, l'entrée est plus que convaincante. Par des gestes amples et de grandes respirations, Paul Daniel crée une texture sonore brillante et concentrée où les délicates teintes orchestrales de la partition s'épanouissent naturellement. Dans ce paysage habilement construit avec une finesse de coloriste, deux cors sonnent en coulisse ; cette mise en espace des plans sonores est particulièrement réussie par l'équilibre des timbres superposés. L'orchestre s'émancipe bientôt de cette tranquillité initiale pour gagner quelques sommets plus héroïques, où les cuivres s'illustrent par le brillant de leurs appels, les bois par la netteté de leurs attaques, et les cordes par leur remarquable souci d’homogénéité ; qu'il est plaisant (et combien fructueux) de voir des archets si bien réglés !

Sous l'œil attentif de ses académiciens (car le Festival Ravel est également une Académie qui a formé et qui forme toujours de talentueux musiciens), Marc Coppey, professeur de l'Académie et soliste invité de cette soirée, s'installe au proscenium pour le Concerto pour violoncelle en ré mineur d'Edouard Lalo. Répondant à l'introduction orchestrale, toujours dans un registre héroïque, le soliste se présente au public en soignant la gradation d'un motif très expressif qui bientôt s'éclaire et se repose. Bref moment de suspension avant d'entonner, avec une assurance qui ne tolère aucune hésitation, le thème principal du premier mouvement.

Marc Coppey guide avec verve l'orchestre qui, sous la direction attentive de Paul Daniel, ne perd aucune des qualités dont il avait fait montre précédemment. Sans doute dues à l'acoustique peu commune de la salle, quelques imprécisions rythmiques entre les pupitres se font entendre ; elles auraient cependant difficilement raison de la conduite imperturbable du soliste qui parcourt avec une aisance déconcertante la partition de Lalo et développe avec une limpidité rare les registres extrêmes de son instrument. L'« Intermezzo » central offre un riche moment d'expression où l'orchestre s'illustre par sa science des contrastes. Le dernier mouvement se présente comme un nouvel exercice de virtuosité que l'archet incisif de Marc Coppey traverse sans la moindre difficulté. En bis, le soliste propose un émouvant Chant des Oiseaux de Pablo Casals.

Après l'entracte, on peine à être saisi par la Pavane pour une infante défunte de Ravel, déjà entendue au Festival dans sa version pour piano, il y a quelques jours. Une pulsation extrêmement étirée parvient difficilement à convier les musiciens à des respirations communes et multiplie les imperfections, toujours légères certes, mais qu'une œuvre si souvent jouée tolère difficilement. Ce risque porte néanmoins par endroits ses fruits, notamment dans les sommets expressifs de la partition où la direction permet de relever quelques subtilités orchestrales typiquement ravéliennes.

L'Orchestre National Bordeaux Aquitaine est de ceux qui savent réellement faire apprécier des œuvres peu données. Tel est le cas ce soir pour la Symphonie en ut de Bizet, œuvre d'obédience pastorale laissant apparaître l'influence de Gounod sur le jeune Bizet de 1855, alors étudiant au Conservatoire. De cette vaste partition sans prétention, le solo-refrain du hautbois dans l'« Adagio », particulièrement chantant, restera dans les mémoires. Quant aux nombreux échos de musiques populaires et pastorales des deux derniers mouvements, ils suscitent dans les pupitres une vivacité de jeu et une franchise d'attaque appréciées dans ce répertoire. La soirée s'achève donc comme elle a commencé, dans ce même esprit de fraîcheur et de légèreté.

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