C'est par la première en France d'une œuvre du compositeur syro-américain Kareem Roustom, Ramal, qu'a débuté la « Croisière méditerranéenne » à laquelle était convié le public de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse ce vendredi 24 janvier à La Filature.

Alexandra Soumm © Benjamin Ealovega
Alexandra Soumm
© Benjamin Ealovega

Cette pièce aux dissonances et aux éclats vifs et provocants semble surtout rappeler les tourments subis par les peuples de la Méditerranée orientale. Commandée et jouée pour la première fois par le West-Eastern Divan Orchestra en 2014, l'œuvre offre l'image musicale d'une forme poétique découlant de la métrique arabe du « Ramal ». Nul besoin pour l'auditeur de connaître les règles de cette versification pour ressentir combien les accents rythmiques constituent le ressort essentiel de son interprétation orchestrale. Dès l'attaque, les percussions, très étoffées, prolongées par une suite de détachés aux cordes puis par l'ensemble des parties, sollicitent d'emblée le sens du rythme. Pareillement à l'aise, les musiciens de l'OSM traversent un passage où un legato apparent recouvre et distribue entre les pupitres un complexe système de pulsations.

Des effets de crescendo et decrescendo cycliques ainsi qu'une riche orchestration animent la pièce, requérant une tension palpable de la part des interprètes. Depuis de touchants traits presque méditatifs au violon solo – malheureusement un peu trop couverts par d'autres instruments – jusqu'aux explosions sonores intensifiées par les cuivres et les percussions, la partition est rendue avec un dynamisme plein de finesse et de fougue à la fois. La gestique expressive, tout en ondulation, du chef canadien Yves Abel, familier des scènes d'opéra, retrouve là un lyrisme souvent déchirant.

Première œuvre symphonique de la soirée, la Symphonie Espagnole op. 21 d'Édouard Lalo sera suivie par la Symphonie « italienne » de Mendelssohn, conclusion d'une croisière chargée d'images, de passion, de tendresse. Véritable concerto pour violon, l'œuvre de Lalo donne lieu à une très belle prestation de la jeune soliste française Alexandra Soumm.

L'attaque et les premières mesures du mouvement initial semblent chercher un instant tant du côté de l'orchestre que de la soliste une cohésion sonore et un tempo propres à faire vibrer au mieux une salle comble. Les expositions et développements solistes du thème font chanter un violon aux harmoniques et aux graves luxuriants entre les mains d'une concertiste expressive, inspirée, virtuose. Ce jeu auquel on ne trouve guère de faiblesses est particulièrement séduisant dans le solo très dansant du deuxième mouvement, soutenu par les pizzicati bien rythmés de l'orchestre. On est également saisi, lors du quatrième mouvement en particulier, par la grâce du discours, coloré par un art des nuances magnifiquement rendu. S'achevant sur une note tenue avec délicatesse, cet « Andante » constitue l'un des sommets de la pièce au côté de l'étourdissante virtuosité de la coda du finale. L'orchestre constitue plus qu'un accompagnement, un vrai compagnonnage avec la soliste, se montrant, sous la baguette suggestive de Yves Abel, toujours prêt à assurer avec précision les enchaînements qui font de cette œuvre un dialogue serré entre la soliste et les pupitres.

L'interprétation plutôt convaincante de la Symphonie « italienne » de Mendelssohn aurait toutefois nécessité quelques mises au point plus poussées. L'ensemble ne manque pourtant pas de vitalité, d'expressivité. L'attaque du premier mouvement revêt immédiatement un caractère léger et décidé, propre à recréer les sentiments face à la découverte des paysages de l'Italie romantique. Chaque pupitre apporte une couleur chatoyante à l'exception des trompettes ne manquant certes pas de brio mais dont les interventions posent un problème acoustique propre au lieu. La procession et le chant des pèlerins du deuxième mouvement sont captivants, la basse confiée aux cordes graves ne cessant de rythmer et de confirmer la démarche des croyants. Toutefois, la dernière reprise du thème en déambulation apparemment plus ordinaire semble vouloir atténuer l'intériorité propre à cette manifestation de foi.

L'association particulièrement réussie entre les cordes et les cors est d'un bel effet dans le troisième mouvement, en dépit de quelques faiblesses par ailleurs chez ces cuivres. Dans le mouvement final, chaque pupitre participe à l'enthousiasme porté par la musique de Mendelssohn. Mais c'est ici notamment que certaines difficultés d'équilibre entre les masses sonores interviennent : cuivres et dans une moindre mesure bois couvrent presque toujours violons et altos, dans des tutti fortissimo qui atteignent ponctuellement un niveau de réverbération brouillant l'audition. Malgré sa direction allante et éloquente, le maestro invité Yves Abel n'est pas parvenu tout à fait à apprivoiser l'acoustique problématique de La Filature. L'engagement de tous, chef, soliste et orchestre, a été cependant vivement applaudi par le public.

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