Les Ballets Jazz de Montréal ont créé en 2017 Dance me, spectacle chorégraphié par Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustem sur les musiques du célèbre songwriter canadien Leonard Cohen, décédé en 2016 (après avoir approuvé le projet). Ce très bel hommage est rendu ce soir au Théâtre des Champs-Élysées par une compagnie exceptionnelle, remplie de talents, et qui pratique une merveilleuse technique jazz que l’on a d’autant plus plaisir à voir qu’elle est totalement absente de la scène française.

Dance me par les Ballets Jazz de Montréal
© Marc Montplaisir

Dès l'entrée dans la salle, la chaleur de la voix de Leonard Cohen nous enveloppe en attendant que le rideau se lève et qu’apparaissent les quinze danseurs dans l’obscurité. Vêtus de costumes sombres, comme aimait en porter le chanteur, les danseurs ouvrent et ferment leurs mains en rythme. La lumière alterne un focus entre leurs visages et leurs mains. Par des jeux de lumière et des vidéos en fond de scène qui font apparaître les corps des danseurs, de nombreux effets visuels soulignent la chorégraphie et la musique tout au long du spectacle.

Très étudiée, la mise en scène trouve des idées très pertinentes, comme celle de faire taper les danseurs en rythme sur des machines à écrire, faisant référence au processus de création des chansons de l’artiste. Le lien avec le chant est bien palpable, jusque dans les corps des danseurs qui ont l’intérieur de la bouche éclairée de rouge vif durant toute la chanson Tower of Song. Les bouches sont ensuite décuplées par la vidéo et chantent seules dans le noir. La musique de Leonard Cohen est joliment incarnée par tous ces clins d’œil visuels.

Dance me par les Ballets Jazz de Montréal
© Marc Montplaisir

Sur quinze chansons de Leonard Cohen, des plus rythmées (comme Nevermind) aux plus romantiques (Suzanne, Hallelujah), les danseurs mêlent leurs énergies dans des formations variées, allant du solo au groupe (en passant par des duos, trios...). Les danses de groupe jouent avec la symétrie, parfois accentuée par des barres métalliques utilisées comme accessoires : les danseurs alignés enchaînent les figures comme des dominos, passant le mouvement à leur voisin. Le niveau des danseurs est excellent et les moments d’ensemble sont interprétés à la perfection. Le style jazz, très libre et rythmé, est très entraînant et se lie merveilleusement bien aux chansons avec beaucoup de générosité. Le moment le plus émouvant est sans aucun doute le duo très acrobatique et sensuel de Céline Cassone et Yosmell Calderon. Les deux artistes irradient la scène de leurs gestes souples, dynamiques et tendres avec une grande justesse. Les portés sont particulièrement spectaculaires, la danseuse paraissant voler.

Seul regret du spectacle : le choix d’avoir fait chanter So Long Marianne et Hallelujah par des artistes de la compagnie en solo. La difficulté de ces deux chansons ne permettait pas de les apprécier à leur juste valeur interprétées ainsi. Cette maladresse ne trouble pas pour autant la qualité du spectacle, très beau dans son ensemble, mais rompt avec la voix magnifique du chanteur.

Il s’agit néanmoins d’une très belle soirée insufflant énergie, émotion et générosité jusque dans les saluts des danseurs qui applaudissent au rythme de la musique, souriants et épanouis !

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