La renommée de Stéphane Degout dans le répertoire du lied et de la mélodie n’est plus vraiment à faire. Avec force albums et récitals, le baryton français a fait sien ce langage intime et passionné, bien souvent aux côtés d’Alain Planès. À l’instar de son album « Epic », il est épaulé ce soir de la mezzo-soprano Marielou Jacquard pour s’attaquer à Brahms. Ils nous livrent cette fois la légende romantique de Die schöne Magelone, cycle de quinze lieder composé par un Johannes Brahms à peine trentenaire sur des textes de Ludwig Tieck. Le poète allemand s’est inspiré d’une légende de troubadour datant du XIIe siècle dépeignant les déboires et le happy end de la belle Magelone, princesse de Naples, et de Pierre, prince de Provence. Cette histoire nous est livrée par le comédien Roger Germser, véritable conteur de la soirée à travers des textes en prose (écrits pour l’occasion par Elisabeth Germser) qu’il nous lit entre chaque pièce chantée. D’un ton investi, tantôt en proie au désespoir, tantôt brûlant de passion, le comédien construit une véritable cohérence dramatique qui nous tient en haleine tout au long de la soirée.

Stéphane Degout
© Jean-Baptiste Millot

Les musiciens quant à eux font vivre cette histoire d’une toute autre manière, quitte à parfois paraître froids. Le jeu d’Alain Planès souffre par exemple de quelques rigidités dans le chant et d’un léger manque d’exaltation dans certains lieder allants. Malgré tout, on sent son oreille rivée sur les chanteurs et son toucher s’adapte à leurs changements d’affects. Les belles couleurs qu’il propose par exemple au début du onzième numéro (« Wie schnell verschwindet ») s’accordent avec la lumière douce et chaleureuse du timbre de Marielou Jacquard.

La mezzo-soprano française impressionne par une diction limpide et une émission extrêmement saine et naturelle. Dès le premier lied qui lui échoit (« Keinen hat es noch gereut »), elle donne le ton : son timbre clair et rond met en valeur ses qualités de conteuse sans jamais négliger la musique de Brahms. Si toutefois on aurait préféré davantage de matière dans le bas médium, on préfère louer la grande élégance dont elle fait preuve tout au long du cycle à travers par exemple une science aiguisée du legato que lui jalouserait bien son partenaire de la soirée.

En effet, Stéphane Degout, même s'il conserve toute les qualités qu’on lui connaît, nous aura moins convaincu au cours de cette soirée. Ces réserves se concentrent davantage sur le début du cycle, la voix s’échauffant ou l’oreille s’accoutumant. On observe force rigidités dans l’articulation, qui s’appuient en partie sur une émission très engorgée lors des premiers lieder. Il faut dire que son regard constamment plongé dans le pupitre ne nous aura pas vraiment aidé à le suivre dans son récit. Cette froideur s’estompe cependant rapidement pour faire place à une noblesse et une hauteur de vue qui, malgré son contraste troublant avec les choix dramatiques du conteur et de la mezzo, ne sont pas illégitimes dans cette musique. D’une tessiture titanesque, d’une émission sonore et d’un lyrisme très à propos, Stéphane Degout vogue finalement avec facilité sur les courbes parfois monotones d’un Brahms résolument romantique. Enfin, la magie que le baryton nous offre lors du neuvième numéro (« Ruhe, Süßliebchen, im Schatten ») achève de nous convaincre, tant la tendresse et la passion qu’il déploie se complaisent dans son timbre doux et ouaté.

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