Pour les fêtes, La Monnaie nous a concocté un spectacle qui devrait réussir non seulement à plaire à tous les publics, mais qui est en plus un véritable antidote à la période de morosité politique et économique que nous connaissons : cette réjouissante œuvre de salut public a de quoi enchanter les spectateurs les plus désabusés.

Michele Pertusi (Don Pasquale) et Lionel Lhote (Malatesta) © Baus
Michele Pertusi (Don Pasquale) et Lionel Lhote (Malatesta)
© Baus

Un des grands atouts de Don Pasquale est la simplicité de sa dramaturgie à laquelle suffisent quatre personnages (plus le mini-rôle du notaire). La parfaite lisibilité de la mise en scène de Laurent Pelly réussit à éviter aussi bien les pièges du littéralisme que ceux d’une interprétation qui irait chercher dans la pièce ce qui ne s’y trouve pas. Mais attention, cette simplicité révèle en même temps une machinerie réglée au millimètre près où la mécanique du vaudeville à la Feydeau (portes qui claquent, personnages bien étonnés de se croiser, quiproquos cocasses) va de pair avec la fabuleuse vis comica d’une musique extraordinairement efficace – les leçons de Rossini ont été bien retenues – dans une œuvre qui n’a pas besoin qu’on en souligne lourdement le propos pour faire mouche.

Pelly situe l’action dans l’Italie des années 1950, ce que soulignent davantage les costumes – conçus par le metteur en scène – que les décors sobres et ingénieux de Chantal Thomas : l’intérieur de l’appartement de Don Pasquale est ainsi étonnamment dépouillé, entièrement vide à l’exception d’un lustre à globes et d’un grand fauteuil. Le décor tournant nous révèlera plus tard l’autre face, la chambrette de Norina. D’ailleurs, à l’acte III, quand Pasquale verra sa vie commode de vieux garçon mise sens dessus dessous par Norina qu’il croit avoir épousée devant un faux notaire, le décor illustrera parfaitement le bouleversement intervenu en se présentant littéralement inversé, le lustre se trouvant alors au sol.

<i>Don Pasquale</i> de Donizetti à La Monnaie © Baus
Don Pasquale de Donizetti à La Monnaie
© Baus

L’humanité dont fait montre Pelly envers les personnages – à commencer par le rôle-titre – évoque beaucoup cette tendresse douce-amère qu’on trouve dans ces années 50 dans les comédies d’un Vittorio de Sica. En effet, la mise en scène ne tourne pas Don Pasquale en dérision. Ses travers sont dénoncés avec beaucoup de sympathie – à commencer par sa vaine tentative de connaître une nouvelle jeunesse en épousant une jeune femme. Ce personnage de vieux barbon est certes un peu ridicule mais surtout très touchant. Et il faut dire que le rôle est défendu à la perfection par Michele Pertusi, chanteur et interprète de haut vol, qui domine parfaitement le rôle et dose ses effets comiques avec habileté, sans jamais en faire trop. Il a en face de lui un magnifique Docteur Malatesta en la personne de Lionel Lhote, qui joue et chante à la perfection ce rôle de tireur de ficelles bien sympathique (et chapeau pour son italien impeccable).

Dans le rôle de Norina, Danielle de Niese – annoncée pourtant souffrante en début de représentation – est tout simplement ensorcelante. L’artiste a vraiment tout pour elle : non seulement la voix et le physique du rôle, mais aussi, pour couronner le tout, un véritable talent d’actrice. Elle sait se montrer tour à tour naïve, langoureuse ou autoritaire, et ce sans jamais forcer la dose. Son amoureux Ernesto est incarné par le jeune ténor espagnol Joel Prieto dont la prestation ne convainc pas entièrement. S’il a pour lui une belle prestance juvénile, un réel talent d’acteur et un timbre plaisant, son émission étranglée et par à-coups est franchement crispante. Le bref rôle du faux notaire bégayant est joliment interprété par Alessandro Abis.

Danielle de Niese (Norina) et Michele Pertusi (Don Pasquale) © Baus
Danielle de Niese (Norina) et Michele Pertusi (Don Pasquale)
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Les chœurs se montrent tout à fait à la hauteur de ce que Donizetti leur demande, alors que le chef Alain Altinoglu se montre, une fois de plus, digne de tous les éloges. C’est une véritable leçon de théâtre qu’il nous donne ici, veillant à toujours permettre à la musique (et aux chanteurs) de respirer et à l’orchestre (excellent sous la battue de son directeur musical) de se livrer à fond sans jamais couvrir les voix. Du grand art.

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