La célèbre formation russe venait clôturer avec trois concerts successifs la première édition du festival Les Musicales Franco-Russes qui se déroulait du 22 février au 16 mars à Toulouse. Ce nouvel événement renforce des liens déjà existants entre la ville rose et la Russie via la figure de Tugan Sokhiev, directeur musical de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse depuis 2008 et directeur du Théâtre du Bolchoï depuis 2014. La programmation donnait l’occasion au public de la Halle aux Grains d’approfondir son rapport au répertoire russe, avec des œuvres de compositeurs peu connus ou représentés. Le premier concert était consacré au seul Chœur du Théâtre du Bolchoï, entièrement a cappella et mené par Valery Borisov, autour de chants liturgiques et populaires de Russie.

Le chœur du Théâtre du Bolchoï © Ava du Parc
Le chœur du Théâtre du Bolchoï
© Ava du Parc

Le sacré vient en première partie avec des compositeurs célèbres mais des œuvres moins exécutées : Sergueï Rachmaninov et Piotr Ilitch Tchaïkovski, respectivement avec trois extraits des Vêpres et trois extraits de la Liturgie de Saint-Jean-Chrysostome. Le piano disposé sur la droite de la scène donne l’accord à chaque numéro. Valery Borisov propose d’emblée une direction très rigide mais extrêmement synchronisée, qui ne faiblira pas de la soirée. Le « Ô venez, adorons Dieu et notre Roi » et le « Réjouis-toi, ô Vierge » montrent déjà l’amplitude de l’ambitus du chœur et fait raisonner de belles basses profondes. Le thème du « Tu es béni, ô Seigneur » aux altos, accompagné du reste du chœur bouche fermée, installe une atmosphère méditative dans la Halle. Un premier ténor soliste, Alexey Chernykh, s’illustre avec puissance. Les trois extraits de la Liturgie développent cet aspect très puissant de l’ensemble comme du soliste Dmitry Gavrikov, amenant les cinquante musiciens dans des nuances fortissimo. Si jusqu’à présent les solos émergeaient du chœur, ils viennent désormais sur le devant de la scène avec Béni soit celui qui se soucie du pauvre et du nécessiteux, concert pour chœur et ténor (Vasily Remizov) d’Alexander Arkhangelsky. L’exécution reste extrêmement musclée et tout en force. L’extrait de la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome d’Alexander Gretchaninov est de la même veine. 

Ce sont sans doute les extraits des pièces de Pavel Chesnokov qui s’avèrent les plus captivantes et nuancées. La soprano Anastasia Leonova pour les Hymnes pour les fêtes du Seigneur et de la Vierge comme le ténor Pavel Semagin dans Six pièces pour chœur mixte (opus 40) montrent l’homogénéité de la technique vocale demandée à l’ensemble. Les attaques par exemple, en particulier pour les nuances fortes, sont toujours très hautes, à la limite de la justesse, ce qui fait ressortir les individualités au-delà de la simple ligne mélodique indépendante. Le maestro demande une tenue importante dans des nuances très piano. La douceur de l’interprétation est autant appréciable que bienvenue. Les voix s’éteignent les unes après les autres sur l’accord final : entracte.

Le populaire s’invite dans la deuxième partie avec une direction légèrement plus souple qui laisse libre court aux solistes Tatiana Belova et Snezhana Mironova dans les extraits du Tsar Fedor Ivanovich de Gueorgy Sviridov. Malgré un geste toujours minimaliste, l’articulation et le texte restent toujours intelligibles dans les Chants et Prières. Les nuances s’inversent très rapidement, avec une agilité confirmée de la part du chœur. La suite du concert est constituée d’arrangements. La figuration des cloches de Noël (Chtchedryk) réveille la salle. Avec Quand le brouillard s’est levé  et Dans la sombre forêt, l’applaudimètre indique sa préférence pour le profane. Il faut dire que les variations de thèmes, de nuances, de typologies des voix solistes sont beaucoup plus importantes que dans la religieuse et très monolithique première partie. Les deux pièces de Konstantin Sidorovitch font danser la salle. L’emballement progressif de la soirée trouve son apogée avec le dernier compositeur présenté, Vsevolod Buyukli, avec quatre pièces très dansantes, où le tempo s’emballe dans la plus pure tradition russe. Le solo de la basse Alexander Perepechin est impressionnant, emplissant la salle comme s’il était sonorisé. Tonnerre d’applaudissements. Valery Borisov offre en bis une direction très légèrement sautillante mais sera resté d’une impressionnante rigueur deux heures durant : la force vocale avant toute chose et la priorité au collectif.

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