Que de déboires et péripéties avant que s’ouvre le rideau de cette Flûte genevoise un brin désenchantée… En effet, quelques jours auparavant, la ville de Genève fit les frais d’une manifestation populaire, contre les coupes budgétaires prévues un peu partout et notamment au niveau de la Culture et plus précisément de la Culture Alternative… Le Grand Théâtre et l'Orchestre de la Suisse Romande, a priori, ne seront pas concernés, certainement plus épaulés au niveau politique que la musique dite « alternative pour jeunes »… Et peut-être de ce fait, une partie du cortège se mua en casseurs, qui, munis de peinture et sprays, vinrent éclabousser les façades et sculptures, taguer les murs avec des slogans aussi stupides que « Hate Art, Love Vandalism » et cassant au passage vitrines de magasins et pillant ceux-ci parfois.

Joachim Bäckström (Tamino) © GTG - Carole Parodi
Joachim Bäckström (Tamino)
© GTG - Carole Parodi

C’est donc dans un climat plus que refroidi que se lève le rideau sur cette production de la Flûte Enchantée de Mozart dans la mise en scène de Jürgen Rose, qui a remplacé en last minute celle prévue initialement… Nous ne savons rien des raisons qui ont entraîné le changement mais chapeau bas pour les chanteurs d’avoir pu en si peu de temps s’y adapter.

La mise en scène fut donc assez classique, avec les trois dames mues en femmes du sérail tout comme les choristes femmes du chœur se parant de chaddors noirs, soulignant par là les textes parlés originaux, déjà teintés d’une misogynie latente. Rien d’extraordinaire dans cette mise en scène, exposant une vision simple et lucide du livret d’Emanuel Schikaneder. 

Une mention spéciale à Pretty Yende, soprano sud-africaine qui chante une sensible Pamina :  sa voix porte le texte avec émotion, ainsi que le très beau Papageno d'Andreas Wolf dont la voix saine et le jeu efficace rendent son interprétation irrésistible. Présence scénique investie, voix totalement homogène, beau timbre, allemand parfait, diction et projection de toute première classe : que demander de plus ?

Le Tamino de Joachim Bäckström aura eu ses moments d’émotion et parfois aussi quelques duretés dans les aigus, principalement dans le premier air… Les trois dames apparaîtront plus déséquilibrées avec une Première Dame incarnée par Emalie Savoy, soprano americaine à la voix tendue dans les aigus, quant à la Reine de la Nuit, campée par Mandy Fredrich, elle assura ses airs avec bravoure mais sans cette sensation merveilleuse que, malgré la pyrotechnie, la voix peut encore se développer plus haut. Ici, le plafond était comme le stratus genevois : un peu bas… Dans une considération inverse, le statuaire Jeremy Milner, basse, qui fut un magnifique Hagen du Götterdämmerung genevois 2014, a campé un hiératique Sarastro, mais manqua de graves abyssaux.

La Papagena d'Amelia Scicolone fut tout à fait piquante, quant aux trois Garçons, ils apportèrent leur lot d’émotion lors de leurs interventions en casquettes… Le chœur du Grand Théâtre de Genève sonna très bien, apportant de très belles couleurs aux quelques interventions de l’œuvre dont le fameux « O Isis und Osiris ». La direction de Gergely Madaras eut le mérite d’une vision haletante, ne manquant pas la noirceur de l’orchestration de Mozart : équilibre de l’orchestre et de ces vents si richement colorés.

En somme, une bien belle soirée, dont vous sortirez ravis certainement, par un plateau finalement assez homogène et une mise en scène limpide, bien que fort peu analytique… ça change !