La soirée « Grâce et génie – Enfants prodiges » affichée comme second concert de la saison, et premier avec chef invité ambitionnait de réunir deux compositeurs fort célèbres via le tandem Est-Ouest de Richard Goode au piano et Maxim Emelyanychev à la direction. Le programme mettait en avant deux compositeurs partageant une même fascination pour le maître Bach, avec Mozart s'inscrivant dans une postérité immédiate et Mendelssohn se livrant quant à lui à un travail de reconstitution historique et musicologique. Naturellement, chacun s’appropriait l’héritage du cantor de Leipzig à sa manière.

Richard Goode © Sasha Gusov
Richard Goode
© Sasha Gusov
La première étape dans ce travail à la fois de réappropriation et de distanciation était la convocation d’un effectif inhabituel pour l’ONCT. Petit orchestre de chambre, surtout composé de cordes, l’ensemble voyait ses contrebasses se placer au fond de la salle, derrière les pupitres des vents face au chef. Ce dernier, pour aborder les figurations imaginaires de l’Ouverture en si mineur « Les Hébrides » de Félix Mendelssohn, faisait le choix d’une direction et d’une gestuelle précautionneuse, à mains nues. La nuance intimiste qui en découlait réussissait à faire pénétrer le public dans les rêves individuels du compositeur, même s’il fallut bien attendre le tumulte final et la sonnerie des trompettes pour ne plus à avoir à tendre l’oreille et ne rien manquer des mouvements colorés du matériau musical.

Richard Goode rejoint l’ensemble pour le Concerto pour piano et orchestre en si bémol majeur K. 456. Toujours dans une acoustique intimiste (6 violons, 4 basses, 6 vents), le pianiste américain entame l’Allegro vivace avec enthousiasme mais reste noyé par l’effectif pourtant minimal de l’orchestre. Il faut attendre la cadence virtuose de la fin du premier mouvement pour permettre enfin à l’instrumentiste de se distinguer. Emelyanychev aborde le mouvement lent de façon minutieusement liée et douce et, abordera dans la même veine le second Allegro vivace. Applaudi entre chaque mouvement, le pianiste va logiquement au bis avec une pièce du maître commun aux deux compositeurs de la soirée avec la Sarabande de la première Partita en si. On profite alors un peu plus distinctement du touché fluide de l’interprète qui opte pour une version de jeu romantique des ornements et phrasés baroque, à grands renforts de rubato.

Après l’entracte, place à la l'opus 56 de Mendelssohn et un peu plus de frénésie. Sautillant sur l’estrade, le chef tente d’amener son ensemble dans les contrastes proposés par cette troisième symphonie censée transcrire le voyage fantasmé du compositeur en Ecosse. En jouant sur l’alternance des passages tutti et des passages quasiment en effectif de chambre, les différentes présentations du thème amènent des pianississimo subtils. Les moments d’éclat renforcent l’aspect solennel et épique du premier mouvement. Le Vivace non troppo donne l’occasion à la clarinette d’offrir des accents plus symphoniques à la pièce. Le maestro met plus en valeur sur l’Adagio les sonorités cuivrées et les individualités, qu’il ne manquera pas de faire saluer une par une au public lors de l’ovation finale. Emelyanychev enchaîne directement le troisième et le quatrième et dernier mouvement, Vivacissimo maestoso assai, privant le public des applaudissements qu’il était bien décidé à effectuer entre chaque pause musicale. 

La soirée ne déméritait pas par rapport à ses objectifs affichés. Mais il faut bien reconnaître qu’après l’inauguration proposée par Elisabeth Leonskaja, il était difficile de prendre le relai.