Ce vendredi 19 novembre à La Filature, l'Orchestre Symphonique de Mulhouse rend un hommage particulier aux cuivres au milieu desquels le cor solo est le maître de cérémonie. Deux concertos sont confiés à ce dernier au centre du programme, le Second Concerto pour cor de Richard Strauss puis le Troisième de Mozart. Ces deux pièces auxquelles le talentueux corniste et trompettiste David Guerrier vient prêter son concours soliste sont encadrées par deux œuvres de nature bien différente. En prélude, la pétillante Ouverture trompette du tout jeune Mendelssohn annonce brillamment le thème de la soirée tandis que l'ombrageuse et romantique Symphonie « Inachevée » de Schubert viendra clore le concert.

C'est avec beaucoup de calme et de sûreté que David Guerrier lance l'attaque du Second Concerto de Strauss, attaque qu'il lui revient d'abord de faire sonner, chaque note se révélant d'une parfaite netteté. Ces qualités que l'on retrouvera au long des deux concertos assurent au public une sorte de confort d'écoute à la fois satisfaisant et stimulant. L'impression est peut-être plus sensible encore dans le Troisième Concerto de Mozart où l'instrument soliste se détache davantage de l'orchestre. En revanche, l'œuvre de Strauss permet particulièrement de bien mettre en valeur la virtuosité de David Guerrier dans les sauts d'intervalles impressionnants ponctuant notamment le premier mouvement. Cette virtuosité n'empêche en rien de laisser place à la séduction qu'opère l'expressivité des lignes mélodiques ; lignes mélodiques néanmoins d'une construction fort complexe dans ce concerto quand elles adoptaient une forme classique dans celui de Mozart. Les raffinements du Rosenkavalier ou de l'empreinte viennoise de Mozart n'y font pas défaut avec leur sens affûté de la nuance et de la légèreté.

James Salomon Kahane
© Heikki Tuuli

L'Orchestre Symphonique de Mulhouse fait corps avec la partie soliste sous la direction du très jeune chef James Salomon Kahane. Ses gestes à la rigueur impérieuse lorsqu'il le faut alternent avec des mouvements d'une réelle sensibilité voulant relier avec souplesse (mais aussi détermination) les phrases musicales entre elles, aussi bien que les musiciens entre eux. La Symphonie « Inachevée » de Schubert offre l'occasion pour l'orchestre de briller par des tuttis aux sonorités, aux harmonies, aux rythmes richement combinés ; quelquefois un peu trop dans certains fortissimos (rarement fort heureusement), eu égard à l'acoustique indûment réverbérante de cette salle. Le retour répété des deux thèmes du premier mouvement et de la brusque interruption du second thème illustrent les atouts de chaque pupitre et soliste. La petite harmonie se distingue particulièrement – hautbois et clarinette par leur expressivité touchante dans le premier thème, clarinette et basson au début du second mouvement pour leur sonorité pure, hautbois et flûte peu après dans leur dialogue séduisant... Cuivres et timbales nuancent et rythment avec brio la succession des scènes et des sentiments que l'on peut imaginer, assurant des transitions solides (cors notamment dans le premier mouvement).

S'il arrive que les cordes manquent quelquefois d'un peu de tranchant dans leurs attaques au cours du premier mouvement, la profondeur et l'inspiration caractérisant les cordes graves sont à souligner. Comme plus tôt dans les concertos pour cor, on trouve une grande rigueur dans le respect de la mesure, assurant sans le moindre hiatus les enchaînements avec les autres parties. À l'écoute attentive du jeu des autres pupitres, les passages legato comme les pizzicati, les nuances et l'expressivité des violonistes (mais aussi des altistes lorsqu'ils sont ensemble) atteignent parfaitement leur but en suscitant une émotion redoublée.

L'Inachevée clôturant le programme marque et marquera vraisemblablement durablement la sensibilité du public qui applaudit longuement l'orchestre et son chef, James Salomon Kahane. Le maestro est venu de sa Finlande adoptive tisser avec l'orchestre alsacien un lien que partagent, la saison durant, d'autres chefs (et cheffes) invités, en attendant la nomination d'ici quelques mois du (ou de la) successeur de Jacques Lacombe, lui-même ayant regagné sa patrie québécoise.

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