En ce mardi 30 novembre au Palais des Congrès de Bienne, premiers pupitres et instrumentistes de l'Orchestre Symphonique Bienne Soleure témoignent de leur talent et d'un engagement impressionnant ! Sous la direction expressive, présente à tous et précise de leur chef Kaspar Zehnder, ils conquièrent le public par la qualité du dialogue entre solistes et orchestre, axe essentiel du programme. La Konzermeisterin et le violoncelle solo réalisent tout d'abord un bel échange avec les tuttistes dans un Concerto pour la nuit de Noël de Corelli enlevé avec prestesse. Les joyeux accents festifs de la Symphonie concertante de Haydn mettent ensuite en valeur un quatuor formé de brillants solistes issus de l'orchestre : violon, violoncelle, hautbois et basson. Mené avec entrain par un violon au timbre très pur, chacun fait preuve de virtuosité dans les sauts d'intervalle, les notes piquées ou les traits véloces. Depuis les rangs de l'orchestre, la flûte semble parfois venir s'ajouter au quatuor, de même le second Konzermeister menant l'orchestre depuis le premier pupitre – tous deux excellents.

Les solistes de l'Orchestre Symphonique Bienne Soleure et le chef Kaspar Zehnder
© Joel Schweizer

La seconde moitié de la soirée se situe dans un registre méditatif inspiré des psaumes. Écrite sur un thème composé par Thomas Tallis au XVIe siècle (à partir du combatif Psaume 2), la Fantaisie de Ralph Vaughan Williams plonge les auditeurs dans l'univers sonore d'un mode phrygien entrecroisé avec une généreuse harmonie tonale. L'atmosphère y est à la fois dépaysante et attirante. Ici encore, les solistes jouent un rôle majeur. Leurs interventions inspirées, brillantes ou méditatives fournissent un repère pour l'auditeur.

Magdalena Kožená et Kaspar Zehnder
© Joel Schweizer

Moment très attendu de la soirée, le somptueux finale est confié à la voix de Magdalena Kožená pour les dix Chants bibliques op. 99 de Dvořák. Ces extraits de psaumes recouvrent deux aspects contrastés : une puissante expressivité dramatique contenue toutefois dans les limites d'une profonde religiosité d'une part, et le simple épanchement d'un croyant livrant ses émotions avec humilité, dans l'intimité avec Dieu, d'autre part. Le premier chant accorde au Psaume 97 tout l'éclat qui convient au pouvoir de l'Éternel dont « les éclairs illuminent le monde », tandis que « La terre le voit et tremble ! ». Telle un ange annonciateur, Magdalena Kožená lance de sa voix claire, profondément persuasive et au riche timbre, les promesses bienveillantes d'un Seigneur juste et fort. Après avoir introduit puis accompagné avec vigueur la ligne du chant, l'orchestre apporte pianissimo une conclusion belle et apaisée.

Loin de ce triomphalisme, le sixième chant exprimera la détresse d'un humain incapable d'atteindre le but auquel il aspire. On saisit ici à quel point Magdalena Kožená habite ce personnage non seulement par la voix mais aussi par une gestuelle épurée. Corps droit, hiératique, mains jointes, bras ouverts, ou encore mains et bras se laissant glisser le long du corps vers le sol : liturgie en laquelle le sens du chant se révèle clairement.

Magdalena Kožená et Kaspar Zehnder
© Joel Schweizer

Certains Chants bibliques portent en eux, successivement, les deux figures du psalmiste qu'incarne toujours avec authenticité Magdalena Kožená. L'âme se sent d'abord tout entière dans la main de Dieu, elle exprime sa confiance, son bonheur. La forme mélodique composée par Dvořák est toujours touchante ici. L'image du mal partout présent finit toutefois par assaillir le fidèle et c'est alors un vibrant appel au secours qui résonne tant dans la voix de la mezzo-soprano que dans les tempétueux traits d'orchestre répartis de manière étonnante entre cordes et vents. La voix et l'orchestre assurent alors avec souplesse et vérité la transition de l'un de ces deux états à l'autre. Enfin, Magdalena Kožená proclame d'une voix éclatante, en une conclusion plein d'exultation, le bonheur paradisiaque promis. Recueillant aussitôt les applaudissements enthousiastes d'un public visiblement heureux de saluer et remercier la grande mezzo-soprano ainsi que l'Orchestre Symphonique Bienne Soleure et son chef.

****1