Pas moins de neuf dates et une double distribution pour le fameux singspiel de Mozart programmé pendant des fêtes et la fin de 2021 au Capitole de Toulouse. Parmi les plus fameuses œuvres du répertoire, La Flûte enchantée est certainement celle la plus attendue, par un public qui dépasse les simples habitués des salles d’opéra. Pour sa première mise en scène lyrique, Pierre Rigal semblait prendre le pari du dépoussiérage, avec à l’arrivée une réussite en demi-teinte.

La Flûte enchantée au Théâtre du Capitole
© Mirco Magliocca

L’ouverture montre May Hilaire (Mozart) et Ferdinand Régent-Chappey (Schikaneder) discuter de la mise en place du livret. Ils ne quitteront pas la scène, tour à tour commentant l’action mais jouant aussi le rôle de traducteurs pour les dialogues parlés. Les chanteurs en effet ne prononcent que quelques mots du dialogue allemand original et se meuvent sur la traduction faite en direct au micro par les deux compères. Au-delà de la traduction elle-même qui pourrait être discutée, ce choix donne une désagréable impression de film mal doublé. Un point positif à souligner toutefois : la double récitation parfaitement synchrone des répliques de Sarastro qui donne une dimension mystique au personnage.

Pour le reste, on a du mal à suivre une mise en scène qui semble ne pas définitivement trancher entre tradition et modernité, entre fantaisie enfantine et sérieuse dénonciation contemporaine. D’un côté, de nombreux éléments restent relativement sobres : costumes anciens fonctionnant en binômes pour les rôles principaux, décors naturels, animaux et monuments égyptisants avec un effet carton-pâte, déplacés par les chanteurs ou les danseurs au gré de l’action. De l’autre : vidéos, kalachnikov, extraits du jeu vidéo GTA, station essence « Totalité ». Les résultats laissent parfois dubitatif : les sbires-esclaves du monde de Sarastro se transforment en livreurs à vélo dont le sac est surmonté d’un œil maçonnique ; la flûte de Tamino fait deux mètres cinquante alors que les clochettes de Papageno sont à taille humaine ; les panneaux lumineux sur scène, en plus de s’ajouter aux panneaux habituels des surtitres, expliquent l’action pour les plus petits (« Papageno face à lui-même ») mais lancent aussi des poncifs désuets (« l’amour pas la guerre », etc.). Quant à la troupe de danseurs entièrement vêtus de noir, elle se cantonne à exécuter des gestes mécaniques désarticulés et à faire office de techniciens-machinistes visibles, l’arrière-scène du théâtre étant mise à nu. Bref : trop de méta, trop de mise en abyme, trop d’idées inabouties pour que cela produise un véritable enchantement.

Valentin Thill (Tamino) et Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno)
© Mirco Magliocca

Le plateau vocal est en revanche quasi unanimement excellent. Valentin Thill (Tamino) répond à Marie Perbost (Pamina), les deux avec force et émotion. Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) assure son rôle de bon vivant pris au piège de ses sentiments envers Céline Laborie (Papagena) : sa palette vocale très variée rend tous les tourments du personnage. Marlène Assayag en Reine de la nuit assure la justesse des suraigus. On reste plus mitigé concernant Christian Zaremba (Sarastro), qui impose sa stature sur scène mais reste peu puissant vocalement. Paco Garcia en Monostatos est lui complètement couvert par l’orchestre. Le trio des trois dames (Andreea Soare, Irina Sherazadishvili, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur) est parfaitement ajusté et brillant. En revanche, celui des trois garçons est très fébrile, peu audible, parfois même faux.

Paco Garcia (Monostatos), Marie Perbost (Pamina), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno)
© Mirco Magliocca

Désormais habitué des prises de parole à l'avant-scène, le directeur du Théâtre prend le micro pour indiquer l’absence du deuxième hautbois et du deuxième basson, remplacés par le piano. Il remercie Frank Beermann, à la direction orchestrale, pour son adaptabilité, les différentes représentations ayant vu d’autres absences dans l’effectif orchestral en raison de la pandémie actuelle. La présence du piano confère indéniablement une couleur particulière dans une partition ou les instruments et leurs timbres sont difficilement substituables. L’orchestre est bien équilibré avec le plateau vocal et présente avec douceur les motifs sautillants et enfantins de l’œuvre. En revanche, les tempos choisis sont parfois surprenants : les silences entre les accords de l’ouverture, dûs à la mise en scène, sont par exemple extrêmement longs, brisant la dynamique musicale ; au contraire, la prière à Isis et Osiris de Sarastro à l’acte II se déroulera au pas de course, enlevant toute solennité au passage.

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