L'Opéra de Saint-Étienne remonte la production de La traviata mise en scène par Jean-Louis Grinda, création de 2013 en coproduction avec l'Opéra de Monte-Carlo. La réalisation est équilibrée, entre images traditionnelles et quelques originalités. Pendant l'ouverture, Violetta tousse déjà, allongée dans une maison close d'après les indices à notre disposition. Attendu généralement deux actes plus tard, le docteur Grenvil l'examine, puis jette aussi un œil à l'entrecuisse d'une collègue. Les parois décrépies en briques s'écartent sur les deux côtés lors de la soirée chez Violetta, puis le deuxième acte se déroule dans une maison cossue en bordure de forêt, joliment éclairée par les lumières en clair-obscur de Laurent Castaingt.

La traviata à l'Opéra de Saint-Étienne
© Opéra de Saint-Étienne - Cyrille Cauvet

En deuxième partie de l'acte II, la fête chez Flora est plus lumineuse dans les décors élégants de Rudy Sabounghi, Violetta puis Germont père à la conclusion faisant leur entrée par l'escalier central. Chargée des chorégraphies animées pour illustrer les chœurs pendant la première partie, Eugénie Andrin propose également un beau solo à l'issue duquel son personnage, sorte de double dansé de Violetta, se fait malmener par les matadors. Les murs décrépis reviennent en bonne place pour le court troisième acte, dans un dénuement désolant, avec le grand miroir à présent tombé à terre.

La soprano Ruth Iniesta dans le rôle-titre produit d'emblée une très bonne impression, le médium et le grave sont exprimés avec un volume naturel confortable, les passages vocalisés de « Sempre libera » sont négociés avec une appréciable musicalité et l'aigu se déploie avec force, y compris le contre-mi bémol conclusif, non écrit par Verdi mais de tradition quand les capacités de la chanteuse le permettent. L'interprète sait aussi faire passer l'émotion plus tard, dans un « Dite alla giovine » sur le souffle, puis un « Addio del passato » qui prend aux tripes. Au rideau final, la salle se lèvera comme un seul homme lorsque la soprano viendra saluer en dernier.

Ruth Iniesta (Violetta)
© Opéra de Saint-Étienne - Cyrille Cauvet

Les satisfactions sont nettement moindres avec l'Alfredo de Thomas Bettinger. Nous avions globalement apprécié le ténor français dans Lancelot de Joncières ici-même il y a un mois, mais la partition verdienne ne se situe pas autant dans la nuance forte remplie de vaillance, celle dans laquelle le chanteur brille le plus. Les nombreux passages doux indiqués piano font perdre beaucoup de chair à l'instrument et rendent l'intonation imparfaite, à plusieurs reprises et jusqu'au « Parigi, o cara » du troisième acte.

En Giorgio Germont, André Heyboer dispose d'une voix bien plus homogène et bien placée, imposant d'abord son autorité autant vocale que physique avec son allure de personnage raide comme l'injustice qu'il fait à Violetta. Mais il sait aussi alléger et développer un fin legato, par exemple sur l'air « Di Provenza il mar ». Les autres rôles sont bien défendus, en premier lieu les voix luxueusement timbrées du baryton Jean-Gabriel Saint-Martin (Baron Douphol) et de la mezzo Valentine Lemercier (Flora Bervoix).

La traviata à l'Opéra de Saint-Étienne
© Opéra de Saint-Étienne - Cyrille Cauvet

La direction musicale de Giuseppe Grazioli sert avec fidélité la partition, avec énergie mais sans à-coups. Les cordes sont véloces dans les moments d'agitation et pleines de sentiment pendant le prélude de l'acte III. On sait gré au chef de jouer l'intégralité de la musique à disposition, non seulement les reprises des grands airs (« Ah fors'è lui... », « Addio del passato »...), la cabalette de Germont en fin de première scène de l'acte II, mais aussi la complétude du dernier face-à-face entre Violetta et Alfredo « Gran Dio ! Morir si giovane », avec mesures de liaison et reprise. Ne serait-ce un petit décalage avec l'orchestre vers la fin du chœur des matadors, le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire préparé par Laurent Touche est bien chantant et coordonné rythmiquement.


Le voyage d'Irma a été pris en charge par l'Opéra de Saint-Étienne.

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