Pour le premier opéra 2018 et la reprise de la saison lyrique, la première des quatre journées du cycle lyrique du compositeur Richard Wagner, La Walkyrie, marquait son grand retour sur la scène toulousaine dans sa production d’avril 1999. La mise en scène de Nicolas Joël, équilibrée même si bien souvent peu dynamique, offre un cadre dans lequel le plateau vocal peut dévoiler tous ses atouts.

Daniela Sindram (Sieglinde), Michael König (Siegmund) © David Herrero
Daniela Sindram (Sieglinde), Michael König (Siegmund)
© David Herrero

Habitué à diriger les musiciens toulousains, Claus Peter Flor lance rapidement les premières salves de l’ouverture avant le lever de rideau révélant l’arbre abritant Notung, des verrières sombres et les portes monumentales de la demeure d’Hunding. L’acte I, centré sur la rencontre de Siegmund (Michael König) et Sieglinde (Daniela Sindram) choisit clairement le parti offert par l’œuvre et se concentre sur l’expression psychologique plus que sur le jeu scénique, et malheureusement, le tout restera extrêmement statique. L’approche d’Hunding (Dimitry Ivashchenko) et la découverte du nom de son hôte scellent l’action à venir, et seuls les costumes (Franca Squarciapino) marquent, autant que faire se peut, l’évolution du discours. Progressivement, l’atmosphère s’ouvre, l’arbre au centre de la scène, en trompe-l’œil, retrouve ses feuilles. Le retrait symbolique de l’épée, annoncé de longue date par la narration, n’est pas des plus réussi en termes de jeu d'acteur, et ce malgré un traitement des lumières (Vinicio Cheli) particulièrement soigné. 

Le deuxième acte révèle le plan divin et ses manigances concernant les destinées humaines, en particulier celle de Siegmund. Le tumulte de l’ouverture révèle l’escalier monumental du palais de Wotan (Tomasz Konieczny), dieu à l’œil de pirate. Sa voix tonitruante de baryton marque l’entrée sur les pérégrinations des immortels. Entre tristesse et colère, le dieu est rejoint par sa fille Brünnhilde (Anna Smirnova), qui assiste bien malgré elle à la défaite de Wotan face à Fricka (Elena Zhidkova). Siegmund ne triomphera pas d’Hunding et sera tué. Malgré les tentatives de médiation de Brünnhilde, l’inévitable se produit alors que l’orage musical et visuel de Wotan se déchaîne et tue Hunding en représailles. Le couple divin Wotan/Brünnhilde est ainsi, par son statut mais aussi par la qualité de ses interprètes, particulièrement mis en valeur.

Tomasz Konieczny (Wotan) © Frédéric Maligne
Tomasz Konieczny (Wotan)
© Frédéric Maligne
Le troisième acte s’éveille plus calmement et s’ouvre sur l’enlèvement des héros morts au combat par les Walkyries, sœurs de Brünnhilde (Marie-Laure Garnier, Oksana Sekerina, Pilar Vazquez, Daryl Freedman, Sonja Mühleck, Szilvia Vörös, Karin Lovelius, Ekaterina Egorova). Au cri de ralliement « Hojotoho, Heiaha », les filles du rocher apparaissent progressivement sur le champ de bataille, attelant les corps à leurs chars. Le sextuor se transforme, une fois toutes les sœurs réunies, en octuor particulièrement brillant, sous la gouverne du grand arc de triomphe symbolisant leurs attelages célestes. L’ensemble offre à la fois une riche palette de timbres individuels et une remarquable homogénéité de puissance collective. Malgré sa demande d’aide auprès de ses sœurs, Brünnhilde finit par se retrouver seule avec Wotan afin de subir sa colère. Les deux musiciens s’illustrent tout autant par leur capacité de nuances que par l’originalité de leurs timbres. C’est finalement sous le feu protecteur de Loge et dans une scène rougeoyante que Brünnhilde subit le courroux de son père et est destituée de sa divinité.

Si l’inévitable longueur de l’œuvre sanctionne une mise en scène peu dynamique, le plateau brille par sa cohérence et sa typologie des voix, ainsi que par son magnifique rendu visuel.