Concert attendu ce soir à la Philharmonie, où le public parisien a l’occasion d’entendre les débuts du chef israélien Lahav Shani avec l’Orchestre de Paris, dans un programme de musique entièrement russe, aux côtés de la jeune star du violoncelle français Edgard Moreau. Une affiche alléchante, mais une performance qui laissera parfois l'auditeur sur sa faim.

Lahav Shani © Marco Borggreve
Lahav Shani
© Marco Borggreve

Débuter par l’ouverture de Guerre et Paix de Prokofiev est un pari risqué qui laisse quelque peu dubitatif. En effet, l’écriture massive et verticale de Prokofiev nécessite, pour pouvoir être appréciée à sa pleine mesure, une familiarité au son –  à la fois de l’orchestre, du chef, et de la salle – ainsi qu’une interprétation qui souligne volontairement le côté russe, presque âpre à la Moussorgski. Mais ces deux éléments semblent justement faire défaut ici. Dans un tempo relativement lent, les appuis ne sont que peu marqués, ce qui donne un résultat qui manque parfois de relief, ainsi que du solennel et de la profondeur de ce qui constitue l’ouverture d’une des plus ambitieuses œuvres scéniques du compositeur.

Le Concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch nous plonge dans un univers multiforme, tantôt ironique et sarcastique dans l’Allegretto, intérieur et énigmatique dans le Moderato, profond puis à l’expression exacerbée dans la cadence, et combattif et joueur dans l’Allegro con moto. Le motif de quatre notes DSCH, transcription mélodique du nom du compositeur, constitue l’élément moteur de tout le premier mouvement. Mais pour être moteur, il se doit de contenir en substance l’énergie qui irriguera le mouvement. Où est passé cette respiration haletante, cette tension, cet enjeu presque vital ? Si le jeune violoncelliste a l’application, il n’a peut-être pas l’implication nécessaire. Le jeu est propre, la mise en place rythmique avec l’orchestre exemplaire – même dans les passages syncopés où d’autres font des écarts – mais cette précision semble se faire au prix de la délimitation d’une marge de sécurité qui entraîne une limitation des intentions, et par le même coup une distanciation par rapport à l’orchestre, particulièrement visible dans les duos chambristes avec la clarinette ou le célesta. Le jeu du violoncelliste convainc plus dans mouvement Moderato, qui prend des allures résignées. La Cadenza, également, sera brillamment exécutée. 

Le programme russe se poursuit avec la Symphonie n°6 « Pathétique » de Tchaïkovski. Plus que l’ouverture de Prokofiev ou le concerto de Chostakovitch, c’est la symphonie qui révèle le mieux le talent de Lahav Shani. Le son est ample, généreux, cette fois sans aucune retenue expressive. Les effets orchestraux sont particulièrement bien dosés dans l’Adagio et l’Allegro con grazia. La battue du chef est remarquable de précision dans l’Allegro molto vivace, qui va crescendo jusqu’à aboutir à une jouissance sonore explosive, contrastant avec la tristesse et le tragique de l’Adagio lamentoso.

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