Point de cujus regio ejus religio au Capitole pour l’œuvre de Meyerbeer, illustrant la vie de Jean de Leyde d’après les écrits voltairiens. Saisi et bloqué dans la violence des guerres entre l’ancienne et la nouvelle religion, l’épisode millénariste de la ville de Münster est mis en scène de façon grandiose pour cette dernière et nouvelle production de la saison lyrique toulousaine. Claus Peter Flor est accueilli avec grand enthousiasme par le public et sera très vivement salué à chaque reprise et lors du salut final.

Kate Aldrich (Fidès), John Osborn (Jean de Leyde) © Patrice Nin
Kate Aldrich (Fidès), John Osborn (Jean de Leyde)
© Patrice Nin

Il faut bien dire que la mise en scène (Stefano Vizioli) et surtout les décors et costumes (Alessandro Ciammarughi) étaient des plus réussis. La gestion de la pénombre, de l’effacement de certaines parties du décor doit beaucoup aux lumières (Guido Petzold). La maison du protagoniste hollandais devient tour à tour un mur d’enluminures, de vieille chaumière ou végétal. Le déplacement de la campagne de Leyde vers l’urbaine Münster voit les décors se monumentaliser, jusqu’à arriver dans l’intérieur du palais de la cité impériale. Les très courts moments livrant un ballet sont chorégraphiés (Pierluigi Vanelli) avec des mouvements mixtes, classiques mais pas trop. La scène la plus grandiose est très certainement celle de la présentation du Prophète à la population de la ville, révélant ainsi la fuite en avant et l’accélération tragique de l’intrigue. En grande pompe, les planches du Capitole semblent trop petites pour supporter une foule d’officiants, et une architecture de bois agrémentée de bougies du sol au plafond. Alfonso Caiani avait préparé le chœur d’enfant de la marche religieuse présentant Jean comme souverain : articulation ronde, abandons des « r » gutturaux pour une prononciation mouillée voire roulée. L’effet est renforcé par la monumentalité des décors et le choix esthétique de mettre en avant l’aspect religieux plus que le politique de la prise de pouvoir.

Jean (John Osborn) passe avec facilité du personnage fragile, presque immature, à une posture rayonnante et souveraine. Sa voix de ténor passe sans problème d’un registre frêle à un discours plus assuré, et enfin une voix forte et vibrante traduisant le déchirement face au suicide de sa bien-aimée. Sa mère trahie Fidès (Kate Aldrich) réussit plus sa prestation sur le plan du jeu et de la gestuelle que sur le plan vocal, d’une douceur remarquable. Mais sa voix de mezzo-soprano n’arrive pas à percer et reste quelque peu noyée par l’orchestre. C’est le seul autre rôle féminin, celui de Berthe (Sofia Fomina), qui s’impose plus largement avec une maîtrise plus complète de la technique vocale et du caratère du personnage. Le trio des prêcheurs Zacharie (Dimitry Ivashchenko), Jonas (Mikeldi Atxalandabaso) et Mathisen (Thomas Dear) est très déséquilibré par la partition comme par la prestation. Prestance et autorité vont à la voix caverneuse de Zacharie. Le comte d’Oberthall (Leonardo Estévez), enfin, passe plus inaperçu. Le plateau masculin avait de toute façon déjà eu l’occasion de montrer ses talents dans ce même théâtre à plusieurs reprises au cours des saisons passées.