Le Norwegian Chamber Orchestra opte pour une communication originale : l’ensemble se présente aux auditeurs pour la Suite Holberg de Grieg sans pupitre ni partition, les violons et altistes debout, ce qui offre à voir une belle ondulation et un ajout d’interactivité entre les musiciens.

Leif Ove Andsnes © Ozgur Albayrak
Leif Ove Andsnes
© Ozgur Albayrak

Le son de l’ensemble est dense et si on peut regretter des violoncelles peu phrasés dans le Prélude, on apprécie leur sensualité dans la Sarabande ainsi qu’un orchestre soulignant l’aspect folklorique de l’énergique Gavotte laquelle, prise sans maniérisme, rappelle les différents « Halling » de Peer Gynt.

C’est avec L’Air que l’émotion s’installe avec ces graves tendus malgré quelques scories d’homogénéité et d’intonation, comme dans le campagnard Rigaudon à l’alto et violon solo, détails qu’on pourra mettre sur le compte d’une rusticité recherchée et voulue. De ce point de vue, les pas de danse esquissés par les contrebasses soulignent une volonté claire d’informalité brandie comme une carte de visite.

Changement d’ambiance pour les deux concertos de piano de Mozart proposés sous la direction et par le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes. D’emblée, l’ouverture de l’Allegro du Concerto n°20 en ré mineur de Mozart montre une certaine emphase aux vents, de très majestueuses scansions des trompètes et où seul le basson apparaît un brin mécanique et peu audible.

Le piano de Leif Ove Andsnes offre une belle homogénéité. Le son est souple, sans emphase à la pédale. Elégance sans ostentation, voilà ce qui qualifie bien ces deux concertos de Mozart si connus sous les doigts agiles du norvégien qui pare ses cadences d’une lumière toute beethovénienne, orientant ainsi son Mozart vers l’avenir plutôt que du côté des anciens.

Et si la petite mélodie du deuxième mouvement est soulignée de manière un peu fruste par l’orchestre, on échappe agréablement à l’effet « bonbonnière ». L’âpreté de l’introduction de l’Allegro assai au piano fait vite oublier ces enluminures et la reprise à l’orchestre nous plonge dans les noirceurs dignes de la Flûte enchantée et vient clore ce Concerto n°20 d’une belle énergie.

Le Concerto 22 en mi bémol majeur est lui aussi impérial avec les rutilances des cuivres, les deux hautbois remplacés ici par deux clarinettes. L’Allegro, si connu, vient clore avec emphase un Mozart vivant, juvénile, printanier, et dont les brillances sont soulignées et les aspects plus duveteux estompés.

Le piano de Leif Ove Andsnes est tout du long un miracle d’équilibre, dans la droite lignée d’un Murray Perahia : les phrasés sont beaux, l’équilibre entre main gauche et main droite préservé, le tout échappe à toute boursoufflure ou saillie égotique. Les inflexions proposées par le pianiste à l’Orchestre de Chambre Norvégien, relayées par son dynamique Konzertmeister Terje Tonnesen, ont offert des moments d’une grande musicalité relevant l’âme dynamique de l’ensemble, se démarquant par son approche vive et contrastée. Espérons que les musiciens nous fassent découvrir un peu plus ces compositeurs nordiques lors de leur prochain passage.