Dans la froide nef de la Cathédrale Saint-Louis des Invalides, l’ensemble Les Surprises présentait une version abrégée d’un ouvrage fêté en son temps, Les Éléments. Adoptant la démarche du Rameau des Indes galantes, le claveciniste Louis-Noël Bestion de Camboulas a réduit à quatre grands « concerts » l’ouvrage dû aux plumes conjuguées de Destouches et de Delalande et a resserré sa dramaturgie. Créée en 1721 au Palais des Tuileries et dansé par le tout jeune Louis XV et les seigneurs de la cour, l’œuvre explore une thématique chère aux compositeurs français jusqu’aux Indes de Rameau en 1735 et à la symphonie Les Éléments de Jean-Féry Rebel en 1737.

Les Surprises aux Invalides
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L’ensemble à géométrie variable affiche ce soir un effectif resserré à un par partie pour les cordes ; traversos, flûtes à bec et hautbois diversifient le coloris orchestral et la basse de viole sous les doigts experts de Juliette Guignard navigue entre délicats trios et soutien indéfectible de l’édifice au complet. D’inspiration mythologique, l’œuvre enregistrée par Les Surprises en 2015 n’est qu’une suite d’allégories entrecoupées de scènes guerrières et bucoliques, ce qui virerait volontiers vers le genre pompier sans la culture et l’intelligence du chef claveciniste.

L’ouverture reprend les codes de Lully mais l’interprétation les transcende, car ici les rythmes pointés servent une musicalité urgente et un discours d’une grande lisibilité soutenus par la contrebasse agile de Marie-Amélie Clément. Des préludes très originaux empruntent les chemins harmoniques particuliers au grand Delalande, le doux ondoiement des eaux figuré par les flûtes ou les effusions légères des cordes pour le duo « Flamme que révère », les textures mystérieuses de la Nuit sont nourris d’une imagination poétique tendre et pertinente.

Dans cet écrin fertile en détails délicieux, le baryton Étienne Bazola est aussi à l’aise dans la douce élégie que dans la ferveur martiale, la vocalisation toujours précise et l’attention au texte vont ici de pair avec un chant d’une belle élégance. Également très inspirées, les sopranos Eugénie Lefebvre et Jehanne Amzal adoptent la distance idéale pour les musettes charmantes et les éclats d'un drame conventionnel. On admirera la précision des duos, notamment le beau « Régnez sur nous » dont Rameau se souviendra pour « Traversez les plus vastes mers », et la caractérisation sans faille du sensuel « Brillez dans ces beaux lieux ».

Dans les danses et pièces de caractère, des percussions en tout genre augmentées d’un charmant triangle et d’une feuille à tonnerre se partagent des effets spéciaux du plus bel effet, les joyeux contretemps du percussionniste Guy-Loup Boisseau, la guitare bien sonnante d’Étienne Galletier et la flûte virtuose de Matthieu Bertaud y font merveille. Un travail d’orfèvre dans une acoustique difficile pourtant totalement maitrisée par des musiciens nullement transis par la froidure des lieux.

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