La saison musicale des Invalides revêt cette année une couleur particulière : tout au long du mois de mars, la musique baroque française sera en effet à l’honneur pour fêter le trois cent cinquantième anniversaire de la prestigieuse institution. Ce 5 mars, préludant à des réjouissances de plus grande envergure, Les Paladins et leur chef fondateur Jérôme Correas ont élaboré un programme mêlant extraits d’opéras et pièces de circonstance (L’Idylle sur la Paix), panorama assez représentatif du style de Lully et florilège de pièces fameuses.

Les Paladins aux Invalides © DR
Les Paladins aux Invalides
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Ainsi que l’a souligné Jérôme Correas dans son intarissable présentation, l’opéra de l'illustre compositeur florentin se passe difficilement de danses, décors, costumes, et l’orchestre du surintendant brillait par son opulence et sa variété instrumentale. L’expressivité de la voix et la subtilité psychologique suppléant donc à l’économie des moyens, la soprano Amel Brahim-Djelloul et le haute-contre Jean-François Lombard exerceront leur art au sein d’un ensemble réduit de cordes et du traditionnel continuo représenté par le clavecin, le théorbe, la guitare baroque et le violoncelle.

L’Idylle sur la Paix (sur un poème de Jean Racine) est un hommage au roi Louis XIV, héros martial et artisan de la trêve de Ratisbonne. La pièce vaut surtout par l’habile succession de récits, danses et chœurs dont l’heureuse variété de textures dépeint la tranquillité des bergers ou le courage des guerriers. Réduite à ses duos et airs et privée de ses chœurs, la pièce manque singulièrement d’éclat, d’autant que l’orchestre affiche une certaine timidité dans les couleurs comme dans l’articulation et cultive le flou dans l’énergie des caractères. Dans l’immense Cathédrale Saint-Louis, la soprano Amel Brahim-Djelloul propose une grande variété de sentiments (parfois même un peu trop dans la fureur caricaturale d’Armide) mais la généreuse acoustique de la nef n’est guère favorable à la projection du médium.

La question de l’adéquation du lieu au répertoire se posant pour l’ensemble du programme, les deux chanteurs tenteront des solutions singulièrement divergentes – multiplication d’effets rhétoriques pour la soprano (souvent efficaces mais parfois au détriment de l’intonation), prudence mesurée d’un partenaire misant essentiellement sur la beauté du timbre et le détail ornemental. À cet égard, si l’air du Mystère et celui de Renaud peuvent justifier une certaine indolence, les duos extraits d’Atys et d’Amadis manquent d’engagement et d’attention au texte, le haute-contre semblant indifférent aux propositions théâtrales de sa partenaire. La peinture des sentiments et l’esprit de Lully résideront ce soir sans doute davantage dans le jeu attentif et éloquent du violoncelliste Nicolas Crnjanski, aussi pertinent dans la conduite des récits que dans le soutien de la « Chaconne pour Madame », et dans le continuo efficace de Jérôme Correas. En bis, le duo extrait de Naïs de Rameau conclut non sans grâce un programme qui aurait été plus pertinent dans une salle de concert ou… à l’opéra !

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