Jeudi soir se tenait à la Chapelle de la Trinité un Messie de Haendel dirigé par Jean-Christophe Spinosi à la tête de son ensemble Matheus. Le lieu était idéal pour ce qui est certainement le plus célèbre des oratorios. Face à un tel monument de la musique et en cette période de Pâques, aucune erreur n’était possible devant un public aux attentes forcément nombreuses.

Jean-Christophe Spinosi à la tête de l'ensemble Matheus © Edouard Brane
Jean-Christophe Spinosi à la tête de l'ensemble Matheus
© Edouard Brane

L’ensemble Matheus et son chef Jean-Christophe Spinosi sont à présent reconnus dans le monde de la musique baroque et l’on pouvait penser qu’ils n'auraient fait qu’une bouchée du Messie de Haendel. Peut-être étaient-ils d’ailleurs un peu trop confiants pour cette représentation, ou bien n’avaient-ils tout simplement pas eu le temps nécessaire pour une bonne préparation : l’une des deux contrebasses arrive après que le reste de l’orchestre s'est déjà installé, s’excuse auprès de son collègue et s’étonne d’entendre que sa voix porte dans la chapelle, l’une des violonistes fait tomber son archet durant la première partie… Un ensemble de détails plus ou moins insignifiants qui, mis bout à bout, pouvaient parasiter l’ensemble de la première partie.

Le début est d’ailleurs peu convaincant, manquant légèrement de caractère et de contraste ou bien de « peps ». Il faut un certain temps pour que les musiciens entrent enfin dans la partition. Une fois cela fait, on entend une superbe version de l’oratorio avec de multiples nuances. L’attente en valait la peine, mais dommage de ne pas avoir eu tout ceci dès les premières notes ! D’autant plus que les pauses entre les différentes parties ou sous-parties de l’œuvre sont souvent trop marquées et trop longues, ce qui fait manquer de liaison à l’ensemble.

Si la musique ne convainc pas tout de suite, il n’en est pas de même pour le chœur de chambre Mélisme[s] qui conquiert le public dès les premières notes : la prononciation est excellente, l’ensemble a quelque chose de doux et d’enveloppant dans cette chapelle, l’équilibre entre les différents timbres de voix est un plaisir à entendre, tant chez les hommes que chez les femmes.

Côté solistes, l’alto David DQ Lee incarne véritablement la partition et on le sent habité par les paroles qu’il chante. Il va même jusqu’à pleurer dans l’air « He was despised and rejected of men ». S’il est vrai qu’un chanteur doit d'abord toucher le spectateur qu’être touché lui-même, il faut bien admettre qu’il est difficile de rester indifférent devant une telle interprétation. La basse Jussi Lehtipuu met plus de temps avant de révéler toute son envergure, un peu à l’image de l’orchestre, mais son duo avec la trompette lors de la troisième partie est absolument magnifique et harmonieux, et transmet un sentiment d’espoir. Le ténor Julien Behr débute la soirée avec des attaques pas toujours assez nettes, ce qui est très rapidement rectifié pour laisser entendre une voix à la fois douce et profonde, d’une belle précision. Enfin, la soprano Adriana Kucerova offre de somptueux moments durant ses airs de deuxième partie de soirée, comme « I know that my Redeemer liveth » qui intervient juste après l’ « Hallelujah » tant attendu.

La soirée se clôt sur un petit discours de Jean-Christophe Spinosi qui explique, entre autre, « que dans une œuvre aussi grande que le Messie, il faut y mettre tout ce à quoi on croit et ce qu’on est ». Dans un esprit de générosité et de partage suit alors un bis, sans réelle surprise, l'« Hallelujah ». Le public est invité à chanter avec le chœur, les choristes et même le chef ! Pour les dernières notes, l’ensemble de l’orchestre se lève pour jouer debout (y compris les violoncelles), suivi par les spectateurs qui applaudissent alors avec un réel enthousiasme, mot qui prend ici tout son sens.