Avec le Messie de Haendel, présenté à Québec et à Montréal, Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec sont revenus à une valeur sûre, autant en termes de plaisir musical que de succès de billetterie. Comme l’a bien résumé une spectatrice durant la pause, il s’agit d’un « concert qui ne fatigue pas », d’abord grâce à l’intérêt musical constamment renouvelé, mais surtout à l’interprétation précise et inspirée offerte par le chef et ses troupes.

Le <i>Messie</i> dirigé par Bernard Labadie au Palais Montcalm © Marc Giguère
Le Messie dirigé par Bernard Labadie au Palais Montcalm
© Marc Giguère

Comment caractériser le Messie de Bernard Labadie ? Rien ne sert de trop s’étendre sur les habituelles qualités du chef : connaissance intime de la partition, qu’il dirige de mémoire, présence de chaque instant, expressivité du geste et capacité à tendre la phrase musicale sans jamais bousculer. Le Messie du chef émérite des Violons du Roy se distingue d’abord par des tempos en général assez allants. Le chœur « And the glory of the Lord » et l’air « If God be for us », par exemple, sont dirigés à la mesure, sans marquer les trois temps comme le font d’autres chefs. Ces tempos ont l’avantage de faciliter la tâche au chœur, notamment dans « For unto us » où l’exécution des redoutables et interminables vocalises ascendantes est grandement facilitée. Dans l’air « He was despised », la rapidité permet également de mieux faire passer la reprise da capo qui, tout magnifique qu’elle soit, peut paraître très longue avec un tempo trop contemplatif. Malgré tout, Labadie n’est absolument pas comme ces Road Runners de la direction qui font absolument tout sur les chapeaux de roue. Dans le duo « He shall feed his flock » par exemple, il prend le temps de poser le discours, faisant du morceau une sorte de havre de paix au sein de l’oratorio.

Autre caractéristique du Messie de Bernard Labadie : une articulation en général assez lisse, privilégiant la grande ligne aux micro-événements. Il réalise par là la quadrature du cercle en matière de chant : produire une matière vocale consistante sans laisser tomber le texte, les consonnes étant toujours bien articulées. Cela s’entend plus particulièrement dans les chœurs « And He shall purify » et « Hallelujah ! », parcourus de magnifiques vagues vocales montant inexorablement vers de jouissants climax. Ce « legato baroque » est également transposé à l’orchestre, comme dans l’introduction de l’air « But who may abide » où la pulsation devient presque secondaire. Mais tout n’est pas uniformément lié, comme en témoigne le chœur « For unto us », nettement plus détaché.

Le chef joue également habilement avec les nuances. Il utilise ainsi plusieurs fois une « recette » éprouvée : au lieu de jouer un morceau forte de bout en bout, il prend la liberté de commencer doux pour ménager ses effets et éclater ensuite sur un vibrant fortissimo. Labadie nous sert ce procédé non seulement dans l’« Hallelujah » mais également dans les chœurs « Lift up your hands » et « Glory to God ». À d’autres moments, il produit de bouleversants pianissimo, comme à la fin de « Glory to God » ou au début du « Amen » final, commencé dans une sorte de léthargie pour ensuite monter vers les plus hauts sommets. La section Adagio de la fin du chœur « All we like sheep », comme venue d’une autre sphère, reste un moment fort de la soirée. Seul petit bémol sur le plan des choix musicaux : le rythme pointé assez relâché du chœur « Behold the Lamb of God » est un peu bizarre, la relative mollesse sonore qui en résulte ne faisant pas honneur à la filiation française évidente du numéro.

Parmi les solistes, c’est le contre-ténor Tim Mead qui s’est le plus démarqué, avec une voix souple et ronde et un admirable raffinement dans les vocalises, notamment dans l’air « Thou art gone up on high ». La basse Matthew Brook se distingue, comme dans la Messe en si le printemps dernier, par un remarquable aplomb, même si la voix nous a semblé moins intrinsèquement belle. Le ténor Aaron Sheehan a pour sa part fait entendre une voix joliment timbrée, même si les aigus étaient quelque peu coincés. La soprano allemande Marie-Sophie Pollak est toutefois apparue comme la déception de la soirée. Il n’y a rien de mal à avoir recours à un soprano très léger pour un Messie, mais on la perdait souvent dans les graves et les aigus à partir du fa sonnaient avec une certaine sécheresse, sans parler des problèmes patents d’intonation.

Le chœur et l’orchestre ont cependant été impeccables comme à leur habitude. Une mention spéciale pour le trompettiste Benjamin Raymond. On se demande s’il n’a pas un troisième poumon pour réussir, dans l’air « The trumpet shall sound », a soutenir d’aussi longues phrases !

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