Depuis plusieurs années, l’Opéra de Nice agrémente ses pauses déjeuner en proposant chaque lundi un concert inédit, donné aux quatre coins de la ville. Aujourd’hui, rendez-vous est pris avec Vera Novakova (violon), Bruno Caulier (cor) et Roberto Galfione (piano) dans le hall d’un hôtel situé sur la mythique promenade des Anglais. Au menu du jour : la célèbre Sonate pour violon et piano K. 378 de Mozart, un étonnant Appel interstellaire pour cor de Messiaen et le délicieux Trio pour violon, cor et piano opus 40 de Brahms.

Il est midi et un avant-goût de printemps se fait ressentir dans la salle : les 180 spectateurs présents n’hésitent pas à détourner la fonction première de leurs programmes afin de s’en faire des éventails. Au même moment, notre trio chevronné entre en scène et commence à faire sonner ses instruments, mettant en appétit un public impatient. Le concert s’ouvre sur un duo accrocheur, dans lequel violon et piano se livrent une lutte acharnée pour apparaitre en pleine lumière. Le premier mouvement, aux sonorités bien équilibrées, fait entendre un jeu de questions/réponses entre les deux interprètes. Cependant, cette grâcieuse harmonie est hâtivement interrompue dans le mouvement lent par Roberto Galfione, qui se distingue franchement par sa technique expressive. En effet, son toucher délicat est particulièrement adapté au contexte musical. En maniant ingénieusement ses nuances de jeu, il parvient aussi bien à rendre les tournures langoureuses que l’allure tumultueuse inhérente au mouvement. La querelle instrumentale se conclut sur un « Allegro » aux allures de danse, au sein duquel le violon brille par son phrasé vigoureux.

Le duo laisse place à une démonstration des possibilités sonores du cor, habilement réalisée par Bruno Caulier. On assiste alors, à la manière des Sequenze de Luciano Berio, à un véritable catalogue des techniques maitrisées par le corniste : glissandos, Flatterzunge (roulement lingual très rapide) et autres oscillations à faible intensité. La proposition de Caulier est claire et contrôlée : si on aurait préféré qu’il fasse davantage durer les silences inscrits dans la partition, on salue son exécution parfaite des mélodies à peine audibles.

La dernière des pièces programmées convoque les trois musiciens sur scène. Un poids important repose alors sur les épaules du corniste, quand on sait l’importance du rôle de l’instrument dans l’œuvre de Brahms. La première des quatre parties du trio s’engage sur un « Andante » suave et délicat. La sensation qui ressort de cette interprétation se révèle très proche des intentions du compositeur : « un matin je marchais, et au moment où j'arrivais là, le soleil se mit à briller entre les troncs des arbres ; l'idée du trio me vint à l'esprit avec son premier thème », écrivait-il, dans une lettre à son acolyte Dietrich. Les mouvements se suivent et ne se ressemblent pas, les musiciens s’adonnent maintenant à un scherzo fougueux et très énergique. Chacun redouble de concentration pour maintenir ce tempo prodigieusement rapide. Si l’on déplore un léger manque d’homogénéité, avec des textures d’ensemble où l’on sent le cor un peu effacé, le finale – incontestable apothéose du concert – tient toutes ses promesses.

En diversifiant les esthétiques et les associations instrumentales, ce programme bigarré a su présenter au public des sonorités riches et méconnues. À en croire les chaleureuses clameurs émanant de toute la salle, l’audience est repartie conquise et rassasiée !

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