Soirée de fête au Victoria Hall de Genève qui programmait deux œuvres de Mozart ou presque : L’Ode à Sainte Cécile est un arrangement d’une œuvre de Haendel par Mozart, tandis que la Messe en ut mineur est restée inachevée.  

C’est une très belle ouverture haendelienne, forte en trompettes et timbales, qui fait entrer de plein pied dans la teneur globale du concert : à la tête de ses Musiciens du Louvre, Marc Minkowski déploie une énergie superlative qui ne s’évanouira qu’au point d’orgue final.

Marc Minkowski © Georges Gobet
Marc Minkowski
© Georges Gobet

L’Ode à Sainte Cécile permet d’apprécier le timbre velouté de la soprano Ana Maria Labin, notamment dans le poétique air « Leidenschaften stillt und weckt Musik », divinement ourlé : on y entend un très beau solo de violoncelle, enlacé avec un basson suave. On est moins convaincu par le ténor Stanislas de Barbeyrac. Certes, celui-ci fait montre d’une belle vocalité, corsée et ample, mais on regrette son émission poussée, particulièrement dans l’air de bravoure « Trompete, dein Schmettern erweckt », repris de la même manière par un pupitre de ténors qui met à mal l’homogénéité du chœur.

Les attentes étant grandes concernant la Messe en ut mineur qui prolongeait la soirée. Pièce majeure du répertoire sacré mozartien avec le Requiem, l’œuvre montre un traitement resplendissant de la masse chorale et des arias sublimes qui penchent vers l’opéra tel le « Laudamus te » ou vers la référence aux œuvres religieuses de Bach ou Haendel comme le fabuleux duo « Domine Deus ».

Marc Minkowski, aux aguets, trouble dès l’introduction par une battue virevoltante. Pendant toute la durée de l’œuvre et notamment les airs accompagnés, le maestro propose des tempos vifs et une pulsation droite qui empêchent le phrasé de respirer, les mélismes de s’épanouir. Les limites de cette direction sont particulièrement visibles dans « Et incarnatus est », où le chef trace son chemin sans se soucier d’Ana Maria Labin. Irradiant de sérénité, la soprano fait cependant entendre un des meilleurs moments de la pièce par sa voix sensible. Un peu plus tôt, lors du « Laudamus te », Ambroisine Bré avait également ravi par la chaleur de son timbre, sur des cordes superbement ronflantes.

Les différentes pages chorales de l’œuvre vont quant à elles pâtir de l’effectif vocal restreint. Lors de la reprise du « Kyrie », l’écriture se fait plus dense, l’orchestre est largement sollicité, la musique est dramatique, l’imploration à Dieu passe de la crainte au cri de désespoir, l’angoisse monte : les sopranos reprennent alors le thème mais ne peuvent mener les phrases à leur plénitude par manque de volume vocal. Le chœur est en effet réduit à un assemblage de quelques voix solistes, ce qui ne manque pas de provoquer des déséquilibres importants. Fait de blocs qui se répondent et s’entrechoquent avec beaucoup de véhémence, le « Qui tollis » souffre de la légèreté du double quatuor vocal, par ailleurs bien peu homogène : ici un chanteur ténorise face à un collègue plus lisse, là une soprano fait entendre une voix vibrante, une autre un timbre pâle. Les voix s’efforcent de compenser leur infériorité numérique par la force, ce qui donne un « Gloria » d’allure martiale, aux attaques inutilement agressives.

Le point culminant de la déconvenue est atteint avec la fugue du « Cum Sancto Spiritu ». Loin de la souplesse aérienne qui est nécessaire pour mettre en valeur le génie mozartien à l’œuvre dans ces pages, le jeu est ici articulé jusqu’à l’exagération, le déséquilibre se manifeste par des coups de timbales excessivement mis en avant, la surenchère vocale et ses duretés guettent. Les sopranos sont vocalement sciées, au moment même où il faudrait du jus et de la reprise : quelle peine !

La Messe se conclut comme elle a commencé, sans la moindre émotion. On aura cherché en vain l’amour des hommes, l’amour de Dieu, la crainte de celui-ci : triste soirée pour la musique religieuse de Mozart.

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