Pour sa 72e édition, le Festival de Menton a convoqué grands habitués et jeunes talents sur la scène du parvis de la basilique Saint-Michel. Pour la première fois invité aux festivités, le charismatique Nemanja Radulovic, accompagné des Trilles du Diable, a conquit un auditoire nombrable avec un répertoire alliant subtilement ouvrages savants et pages populaires.

© Ville de Menton | Catherine Filliol

A Menton, le décor sublime les discours musicaux. Offrant une vue incomparable sur la Méditerranée, entouré de monuments historiques et paré d’une brise légère, l’environnement se rapporte à la qualité des propositions interprétatives entendues. Au programme ce soir, une promenade dans les âges au gré d’une succession de pièces brèves, allant de l’âge Baroque à l’époque contemporaine.

Tout commence par une disposition du quintette en arc-de-cercle, le soliste circulant dans l’espace central. L’une des particularités de ce dernier réside dans ses déplacements permanents, accaparant sans relâche l’œil du spectateur. Tour à tour, le violoniste visite chacun des membres de l’ensemble, ne se privant guère de tourner le dos à l’audience. Le procédé est savamment pensé et renforce ainsi la convergence des intentions expressives. Faisant vibrer légèrement chacune des notes de la Chaconne de Vitali, Radulovic arbore une posture souple, se balançant de droite à gauche sur ses jambes délicatement fléchies. Habile, il réalise des sauts de cordes rapides dans une surface d’archet extrêmement réduite.

Nemanja Radulovic
© Ville de Menton | Catherine Filliol

Le spectacle se poursuit avec la « Méditation » extraite du Souvenir d’un lieu cher de Tchaïkovski. La sonorité intimiste instaurée par le quintette est soutenue par une prise de son proche des instruments, ainsi que par le choix d’une diffusion sonore à l’intensité modérée. Les tutti sont tendres ; les lignes mélodiques à la simplicité apparente sont énoncées dans une parfaite synchronisation. Cette communion est également de mise entre le musicien soliste et le violon de Ksenija Milosevic – remplaçant Guillaume Fontanarosa alors souffrant. Tous deux, ils transcendent les formules poignantes du scherzo extrait de la Sonate F-A-E de Brahms, tandis que le contrebassiste Nathanaël Malnoury se pare d’un accompagnement à l’aise et régulier. Entre sons soufflés et effleurement des cordes, Radulovic affirme ses affinités avec le jeu piano, toujours expressif, même dans les moments de sobriété. Captivés, ses comparses s’adonnent à l’écoute de ses traits virtuoses émanant de l’arrangement de la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach par Sedlar. Un mouvement synchrone de lever d’archet vient souligner la conclusion de la première partie.

© Ville de Menton | Catherine Filliol

Changement de temporalité et de continent, le spectacle reprend avec Spring in Japan du même Sedlar, estampe du funeste tsunami ayant envahi le pays en 2011. Les musiciens se livrent alors à la peinture de vagues dynamiques, chacune repoussant avec véhémence le climax dramatique de l’œuvre. Le voyage s’oriente ensuite vers la Grèce, où le quintette seul interprète Meltemi de Annunziata, pièce aux allures de danse populaire. Energiques, les instrumentistes multiplient les jeux de timbres : alto rond et chaleureux, violons à la sonorité sifflée et autre formule rythmique frappée sur la caisse de la contrebasse. Envouté par le caractère entrainant de l’interprétation, le pied de Radulovic battant la pulsation mouvante apparait par intermittence entre les portes entrouvertes de la basilique. Portés par une verve populaire, les interprètes enchainent avec le Cinema Paradiso de Morricone. Une présence scénique parsemée de coups d’archets francs et assumés domine la proposition. Cette vitalité à toute épreuve témoigne d’une affection sincère pour le répertoire, qu’ils transmettent avec passion. Le concert se termine sur Csárdás de Monti, morceau fétiche du violoniste enclin à la fougue et à l’exaltation. Rapidement, les musiciens invitent le public à frapper les temps forts dans un tempo de plus en plus rapide. Ne parvenant à réfréner son enthousiasme, l’audience conquise acclame de toutes parts, les artistes de vastes bravos.

Un programme bâti sur des compositions bien connues et appréciées du grand nombre, une attention particulière accordée aux effets scéniques, doublée d’une maitrise technique et expressive, tels sont les ingrédients retenus par Nemanja Radulovic et les Trilles du Diable pour enflammer le festival de Menton !

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