Le programme intitulé « Obsesión » affichait une volonté de faire connaître au public de Séville des œuvres peu jouées appartenant au répertoire des bois. Pour ce faire, le Real Orquesta Sinfónica de Sevilla était amené par Erik Nielsen, chef de l’Orquesta Sinfónica de Bilbao.

Erik Nielsen © Groves Artists
Erik Nielsen
© Groves Artists

Le Teatro de la Maestranza proposait en ouverture de cette soirée les courtes Dances préludes pour clarinette, percussions, harpe, piano et cordes de Witold Lutoslawski dans leur version orchestrale de 1955. L’occasion pour le soliste de l’orchestre sévillan, Miguel Domínguez Infante, de s’illustrer à travers cinq mouvements enjoués. Le langage et le timbre modernes, notamment perceptibles par la présence du piano, ne rendent pas la pièce inaccessible pour autant. Entre Bartok et Ravel, l’humour et la naïveté décelables entre les notes de la partition sont très biens rendus par la clarinette soliste, volontaire, sautillante et souriante. Ces apparents badinages comportent tout de même de puissants et rapides traits virtuoses que Miguel Domínguez Infante s’appliquera à rendre le plus intelligibles possible. Une belle leçon d’espoir et d’humanité, quelques années après la Seconde Guerre Mondiale de la part de l’ancien élève de Rimski-Korsakov. En rappel, le soliste prolonge la rythmicité et l’humour de Lutoslawski avec la dernière des Trois pièces pour clarinette d’Igor Stravinski (1919).

On remonte ensuite un peu dans le temps avec l’intéressante pièce de Jan Křtitel Vaňhal, compositeur tchèque de la période classique. Le double concerto pour basson convoque cette-fois ci les solistes Javier Aragó Muñoz et Álvaro Prieto Pérez. S’étant réparti les hauteurs, les deux conservent un timbre de jeu assez différent : le premier, à qui échoit la ligne aiguë, porte un basson nasillard et presque enrouée et alors que le second, cantonné aux graves, adopte un timbre rond et vibrant. Les deux excellents néanmoins dans les passages rapides et se coordonnent parfaitement lors des nombreux passages en tierces ou sans orchestre, illustrant l’expression presque baroque encore de la pièce. Ils donneront un court bis prolongeant à la fois le style de Vaňhal et le caractère enjoué, humoristique et dansant de la pièce d’ouverture. C’est jusqu’ici un sans faute pour l’orchestre et ses membres.

Les solistes réintègrent leurs pupitres pour la seconde partie, rejoints par de nombreux collègues recréant l’effectif orchestral nécessaire pour la Fantastique de Berlioz. Si la main droite, portant la baguette, reste métronomique, la main gauche frémit régulièrement au gré des intensités demandées par Nielsen à l’orchestre. Toute la puissance est néanmoins conservée et canalisée vers le Dies Irae et l’emballement du Songe d’une Nuit de Sabbat finaux. Si l’ouverture sur la Rêverie, Passions donnait toutes ses promesses, Un Bal et la Scène aux Champs restent, malgré leur potentiel bucolique, très descriptifs et peu narratifs. Ce manque de relief n’est rattrapé que par le naturel aspect martial de la Marche au Supplice. Cette symphonie bénéficie d’une exécution de haut niveau mais avec une mise en relief variable et une mobilisation de l’orchestre qui aurait pu aller beaucoup plus loin dans la prise de risque. Au final, l’exécution classique permet tout de même une soirée des plus réjouissantes.