Au fil d’une série de concerts ayant pour thème la Guerre de Hollande menée par Louis XIV de 1672 à 1678, Orkester Nord proposait le 15 février aux Invalides une évocation musicale des prétentions de la Triple Alliance face à la morgue du Roi-Soleil. Ainsi les Provinces-Unies, la Suède et l’Angleterre sont-elles présentées à travers des compositeurs oubliés par l’histoire (hormis Buxtehude et Purcell) dont le style d’écriture oscille entre Allemagne et Italie.

L’Allemand Christian Geist poursuivit l’essentiel de sa carrière en Suède puis au Danemark ; les deux motets en latin écrits pour le couronnement de Charles XI de Suède montrent une grande virtuosité d’écriture et un dispositif instrumental brillant où duos de violes, de trompettes et de violons rivalisent d’agilité et soulignent l’opposition des solos et des ensembles choraux. Le casting vocal reflète cette Europe dont Louis XIV se voulut l’arbitre. Reconnaissable entre tous, le timbre de Claire Lefilliâtre apporte personnalité et urgence à ces œuvres de circonstance ainsi que des propositions ornementales d’une remarquable pertinence.

On ne saurait en dire autant de certains de ses partenaires : la soprano néerlandaise Margreet Rietveld applique un cadre expressif convenu à la plupart des œuvres sans tirer de la langue anglaise (Purcell) les voyelles les plus agréables, et la basse norvégienne Håvard Stensvold s’en tient à une lecture neutre et impassible des caractères les plus divers. À l’opposé, on apprécie le sens théâtral du ténor belge Jan van Elsacker qui défend avec âpreté le texte de la complainte de Jacob Cats dont le programme nous informe qu’il met en scène les réflexions d’une sentinelle à son poste, texte sans doute savoureux mais sans traduction comme tous les autres. Entre ces extrêmes, la mezzo Anaïs Yvoz est la bonne surprise de la soirée, puisqu’elle rappelle avec simplicité les fondamentaux du chant (soutien, souffle, projection, texte) et donne ainsi une lumineuse simplicité à chacune de ses interventions.

Pourtant actif depuis quelques années, le petit effectif (dont aucun des musiciens n’est crédité dans le feuillet remis à l’entrée) Orkester Nord semble avoir été constitué tout récemment comme en témoigne une écoute collective en début d’éclosion. Manque de temps ou inconfort dans une si vaste nef ? Le groupe met un certain temps à trouver ses marques et oscille entre intonation approximative et incertitude des phrasés. Les conduits souvent éblouissants au théorbe et au clavecin d’une pièce à l’autre ne relancent guère l’intérêt d’une sonate à quatre de David Petersen survolée ou de ces molles évocations de la Didon de Purcell. La gestion des changements de pulsation et de caractère repose sur les épaules du claveciniste Mario Sarrechia, puisque le chef s’en tient à une battue solfégique dénuée d’anticipation du discours.

Sans doute plus à l’aise dans la seconde partie du concert, l’ensemble gagne en homogénéité et en couleurs pour un Fader wår de Vincenzo Albrici et un O Mediatrix Domina où les mélismes du contrepoint, les belles tensions et dissonances sonnent enfin dans la vaste nef de la Chapelle dite des Soldats. Si l’extrait des Membra Jesu Nostri de Buxtehude clôt joliment un concert riche en pièces inédites, on reste pourtant très en deçà des propositions brûlantes du texte et de la musique.

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