Au programme de presque tous les événements musicaux cette quinzaine, dont un décentralisé au Parvis de Tarbes le 17 février, Antonin Dvořák semble jouir des faveurs de l’ONCT. Le chef letton Andris Poga ne s'en cache pas, « des affinités électives lui rendent le musicien slave particulièrement cher ». Et c'est ainsi qu'il explorera, lors d'un « Happy Hour » face à une Halle aux grains très largement remplie – le format court de ce type de concert attirant notamment un public jeune – la Symphonie n°8 et deux des danses slaves du compositeur tchèque.

Andris Poga © Noslegums
Andris Poga
© Noslegums

La Danse slave n°2 propose un thème aux cordes parfaitement juste et équilibré, ponctué des interventions régulières des vents. Andris Poga étire, accélère, ralentit, introduisant un rubato assez proche de l’interprétation qu’en aurait fait un violoniste dans sa version pour instrument seul. L’inversion et le passage du thème aux vents sont ponctués de subtils pizzicati. Le renouvellement du motif aux violoncelles est extrêmement doux et chaleureux. La seconde danse de la soirée (n°8), où l'identité bohémienne est plus marquée, alterne les modes mineurs et majeurs sur un thème entêtant dont la baguette d’Andris Poga restitue toute la portée humoristique. 

L’Allegro con brio de la Symphonie n°8 offre un thème généreux et grave, et toujours priorisant les cordes. La flûte soliste s’impose rapidement, jouant du dialogue avec la chevauchée frénétique présentée par le reste de l’orchestre. La réexposition amène la tempête de fin qui préfigure très largement les couleurs et motifs de la symphonie n°9. La « Tchékoslovaque » est bien proche du « Nouveau Monde » par ses sonorités. L’Adagio s’ouvre comme un lamento doloroso orchestral. Les pianissimo sont très soignés et subtils. Le passage succinct de la modalité orientale amène le public à rentrer un peu plus dans la danse, appuyée par le balancement dominante / tonique. Mais c’est avec le tutti retentissant que l’aspect dramatique éclate véritablement et que le maestro laisse éclater la puissance pleine de son orchestre. Le thème du troisième mouvement, Allegretto grazioso, donne un air enjoué aux premiers violons avant de céder la place à un dessin plus mélancolique à la flûte et hautbois. La danse s’impose de façon de plus en plus marquée. Le dernier mouvement Allegro ma non troppo est subtilement conduit par le chef qui alterne les pianissimo avec les grandes phases de tutti qui réveillent allègrement l’auditoire par ses nuances extrêmes.

La sonnerie de trompette vient fermer la pièce, comme elle l'avait ouverte, et mettre fin à cette petite heure de musique où l'orchestre et Andris Ponga ont fait preuve d'une gestion des dynamiques très bien menée. L'objectif de ces « Happy Hours » toulousains de proposer un premier contact aux néophytes avec l'œuvre d'un ou plusieurs compositeurs a été parfaitement rempli, et le parcours expressif dessiné au travers de ces pièces de Dvořák n'a visiblement pas manqué de toucher les affects des auditeurs de la Halle aux grains.

 

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