Ce mercredi 13 octobre, le jeune orchestre PRJCT constitué autour du contre-ténor Maarten Engeltjes invite Andreas Scholl pour un programme Purcell. Il ne s’agit pas d’un récital de facture traditionnelle mais d’une collaboration qui associera dans le futur les noms de Bejun Mehta et Rolando Villazón. Le programme de ce soir présente un florilège varié de songs célèbres de Purcell et d’un très sensuel duo de John Blow, son maître. L’orchestre de douze musiciens sonne avec ampleur et suit fidèlement la proposition esthétique de son charismatique leader Josef Zák : voilà du très beau violon, dense, incarné et dont les propositions ornementales sont toujours solidement conduites. Violoncelle et contrebasse assurent un soutien puissant et articulé particulièrement sensible dans la sinfonia de l’ode « Welcome to all the pleasures » et la chaconne en sol mineur, le basson agile de Takako Kunugi apporte une belle variété de caractères aux monodies accompagnées.

Andreas Scholl et le PRJCT Amsterdam dirigé par Maarten Engeltjes
© PMP

La littérature historique sur la « vraie manière de mener l’archelet » comme le disait plaisamment Muffat en 1698 a conduit les violonistes actuels à assécher la musique de Purcell en appliquant sans nuances les coups d’archets à la française ; saluons la proposition plus aventureuse du PRJCT et de son leader qui évitent tout systématisme rythmique dans les figures pointées, proposent de belles gradations dynamiques ainsi que des plans sonores marqués. L’esprit de la danse est bien présent mais l’accent est mis sur l’élégance et l’âpreté d’un contrepoint sensiblement différent de la pompe superficielle de la musique française de l’époque. La suavité de la ritournelle de « Here the deities approve », la texture liquide de « When I am laid in earth » prouvent le bien-fondé de cette approche plutôt… anglo-italienne. 

Dans un contexte si ambitieux, on regrettera un clavecin prosaïque – et de surcroit très rapidement désaccordé – et un luth exagérément timide, détails particulièrement dommageables dans les très exposés « Sweeter than roses » et « Evening Hymn ». Posées sur cet écrin instrumental, les voix des deux contre-ténors présentent des différences notables. Maarten Engeltjes bénéficie d’une voix claire à la couleur très égale sur l’ensemble de sa tessiture, qualité appréciable dans les duos virtuoses que forment « Sound the trumpet » et « Ah heav’n! What is’t I hear ». Toutefois ce timbre lumineux rend moins compte des clairs-obscurs de « Sweeter than roses » et de l’abandon de « The Plaint » face à un violon au chant douloureux. Si l’artiste possède sans doute un vocabulaire expressif étendu, il est cependant davantage adapté aux effusions joyeuses qu’à la plainte du génie du froid dans le fameux air immortalisé par Klaus Nomi sur fond de synthétiseurs analogiques.

Produisant un effet quasi similaire au passage du noir et blanc à la couleur dans Le Magicien d’Oz, la voix d’Andreas Scholl possède un timbre et un legato d’une tout autre nature. Tout en gardant un contrôle exceptionnel du souffle, le chanteur sculpte le mot et plonge dans la matière poétique, trouve une souplesse nouvelle aux guirlandes de croches du « Music for a while », présente avec une sincérité désarmante le beau poème d’un « Evening Hymn » quasi hypnotique. En grande forme vocale, le contre-ténor allemand renoue avec cet art du discours que cultivait un Alfred Deller tout en ajoutant une variété de couleurs très perceptible dans l’acoustique de la salle Gaveau. Après une reprise du tube « Sound the trumpet », le duo proposera une émouvante transcription du traditionnel écossais « Annie Laurie » dont le kitsch totalement assumé (basses en pizz, duo de violons en style traditionnel) égale sans doute la version iconique de Deanna Durbin !

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