Trio d’étoiles montantes du sérail musical français pour ce concert d’automne des Amis de l’Orchestre de la Suisse Romande : le chef Jérémie Rhorer en compagnie des pianistes Adam Laloum et Remi Geniet, élèves respectivement de Michel Beroff et Brigitte Engerer, proposant un voyage chez Mozart et Tchaïkovski.

Jérémie Rhorer © Yannick Coupannec
Jérémie Rhorer
© Yannick Coupannec

Quelle belle adéquation entre la direction du chef et la musique de Mozart ! L'ouverture du Don Giovanni et le Concerto pour deux pianos en mi bémol majeur offrent à entendre la prédilection de Jérémie Rhorer pour ce répertoire qu’il fréquente avec son Cercle de l’Harmonie depuis des années, lui rendant souplesse, vivacité, esprit et fraîcheur. En ce qui concerne les solistes, on est d’emblée convaincu d’avoir affaire à deux tempéraments distincts : si Adam Laloum et Rémi Geniet offrent tous deux un discours assez souple, le premier fait montre d'une personnalité plus affirmée et d'un discours plus extériorisé servi par un beau legato, au contraire le jeu du second repose sur une souplesse et un fondu gommant les aspérités. A ce titre on aura pu regretter chez Rémi Geniet dans la cadence de fin de premier mouvement un manque d’intensité des graves et une sensation de petit déséquilibre avec son collègue.

Fidèle à lui-même, l'Orchestre de la Suisse Romande se révèle attentif aux détails, même si on sent en début de programme un peu d’empressement occasionnant quelques traits peu stables ainsi que des soucis de justesse du côté des hautbois en début de mouvement lent. Le troisième mouvement est néanmoins vif, avec de très jolis amortis de la part de l’orchestre qui semble inspiré par un Jéremie Rhorer virvoltant, qui cisèle la pâte sonore et maintient l'équilibre stylistique avec les deux solistes, offrant par là-même un bien joli moment musical, mélange subtil d’intelligence et de ferveur.   

En deuxième partie, la « Pathétique » de Tchaïkovsky qui tranche malheureusement non pas tant par sa noirceur primordiale que par un manque de vision globale. La direction paraît peu enracinée, s'attachant au détail, manquant de fondu, de pathos, d’une tension sous-tendant l’entier de la pièce. Mettant en relief de-ci de-là des éléments disparates, la direction peine à unifier le discours. A relever cependant les très beaux solos du basson d’Afonso Venturieri et de la flûte de Sarah Rumer, particulièrement musicaux ainsi que la clarinette éthérée de Dmitry Rasul-Kareyev.

« L’Allegro con grazia » est un délice de charme, de souplesse et de rondeur aux violoncelles, le chef insufflant un relâché très agréable aux phrasés. Dans « l’Allegro molto vivace », le jeune chef semble en revanche plus rechercher les effets que la gravité sous-jacente contenue dans ces lignes de basses, et encore moins cette folie sous-tendue par des cuivres grondants tels qu’allait les reprendre Chostakovitch dans ses symphonies.

Le Finale, poignant, vient redonner beaucoup plus de relief par son lyrisme exacerbé. Mais manquerait-il de conviction ? C'est fort, envoûtant, esthétique, presque intellectuel ; on l’aurait toutefois espéré au bord du gouffre et donnant des haut-le-cœur. On songe alors à la pesanteur d’un Gergiev qui y fait des miracles par sa somptuosité crucifiée, à un Karajan qui l’élève à un mysticisme exacerbé, à Solti remuant les entrailles de la Russie et Celibidache qui convoque le feu de la terre et emporte l’univers. Ce soir le feu de Tchaïkovski fut contenu dans un lyrisme de bon aloi, sans démériter pour autant, ni véritablement enthousiasmer.