Face aux restrictions sanitaires que connaissent actuellement les spectacles français, Monaco a fait le choix de poursuivre ses représentations, tout en conservant un respect scrupuleux des gestes barrières. Dans ces conditions s’est déroulée l’ouverture de l’édition 2021 du Printemps des Arts de Monte-Carlo, qui sera placée sous les couleurs de la Seconde école de Vienne. Récit d’une performance frénétique délivrée par l’Ensemble intercontemporain sous la baguette de Matthias Pintscher.

L'Ensemble intercontemporain au Musée océanographique
© JM Emportes

Après l’annulation du concert de la veille – l’Orchestre National de France ayant déprogrammé sa venue en raison du Covid-19 –, c’est avec une joie communicative que l’audience s’apprête à accueillir l’ensemble parisien. À 16h pile, S.A.R. la Princesse de Hanovre pénètre dans l’enceinte du Musée océanographique, suivie de près par l’arrivée des musiciens sur scène. Le public monégasque découvre les Cinq pièces pour orchestre d'Arnold Schönberg, œuvre expressionniste regorgeant de jeux de timbres et de frottements intervalliques. Dès les premières notes, l’orchestre de chambre se montre énergique et puissant, reflétant ainsi la tension et la véhémence inhérentes à l’ouvrage. Entre les passages furieux se glissent des moments calmes et évocateurs où brille la famille des bois, remarquable par leur constance dans les longues tenues. Toutefois, les sections tranquilles ne durent jamais et les instrumentistes repoussent, tout au long de l’œuvre, les sommets de la frénésie expressive. Les mariages de timbres sont homogènes et la dynamique en aucun cas ne s’essouffle.

Le programme se poursuit avec Rosen aus dem Süden et Kaiserwalzer, pièces de Johann Strauss II transcrites et arrangées par Schönberg. On y retrouve un orchestre apprêté sous les auspices d’une esthétique romantique vibrante et langoureuse à souhait. N’ayant rien perdu de leur fougue, les cordes mettent en avant des coups d’archets francs, tandis que les bois s’illustrent par leurs impulsions précises et bien placées. La gestuelle de Matthias Pintscher est sautillante, ample et souple. Au moyen de ses respirations appuyées, ce dernier insuffle une vivacité accrue à chaque instant. Si l’harmonium peine à percer dans les textures denses, le piano de Sébastien Vichard s’intègre quant à lui tout à fait dans la polyphonie. L’atmosphère animée accompagne les instrumentistes jusqu’au finale, éclatant et fulgurant.

Matthias Pintscher dirige l'Ensemble intercontemporain au Printemps des Arts de Monte-Carlo
© JM Emportes

La disposition de la salle étant, le public se trouve à la fois dans la salle et dans les coulisses : ne disposant pas d’espace consacré, les changements s’effectuent de part et d’autre des spectateurs. Dernière pièce programmée ce soir, l’imprévisible Symphonie de chambre du même Schönberg, dont les mélodies flottantes à la résolution impossible offrent à la pièce une dynamique inouïe pour l’époque. Immédiatement, les musiciens font preuve d’un bel équilibre, les lignes mélodiques se déplacent en toute uniformité d’un instrument à l’autre. La flûte témoigne d’un souffle vigoureux, le hautbois se distingue par l’énonciation de motifs clairs et certains, et les timbres graves gèrent avec exactitude la partie rythmique. En dépit de cette énergie notable, les passages piano auraient mérité un appui supplémentaire, afin de parfaire l’expression des contrastes. Au cœur de ces textures éruptives s’instaure un jeu de regards rondement mené par l’altiste John Stulz. Repos inenvisageable, les vagues de nuances déferlent successivement, finissant par submerger entièrement l’espace sonore du musée.

On retiendra de ce spectacle la prouesse d’avoir insufflé au discours musical un élan vital constamment renouvelé. Une performance maîtrisée et affirmée, incarnant la témérité de l’écriture schönbergienne.

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