Ray Chen, qui fut un si beau et mérité vainqueur du Concours Reine Elisabeth en 2009, a fait bien du chemin depuis. Et si le violoniste australo-taïwanais a amplement confirmé les espoirs mis en lui en l’époque, c’est sans se prendre le moins du monde au sérieux ni se départir d’un charme désarmant. S’il est permis de se demander ce qui l’amena à ouvrir son concert avec le Belgian National Orchestra (puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler à présent) par la Quatrième sonate pour violon seul d’Ysaye, il en donna une version d’une fine poésie et d’une réelle imagination. Et même si Chen est le genre de violoniste qui se rit des difficultés techniques, sa virtuosité ne l’amena heureusement pas à gommer les aspérités de l’écriture dans l’exigeant finale.

Ray Chen © Julian Hargreaves
Ray Chen
© Julian Hargreaves
On attendait beaucoup du Concerto de Tchaikovsky qui suivit, non seulement pour le soliste mais également pour le chef Michael Schønwandt qui avait laissé tant de beaux souvenirs aux spectateurs de La Monnaie entre 1984 et 1987. Autant le dire tout de suite, on ne fut pas déçu. Chen se montra viril, énergique et chaleureux dans l’Allegro moderato, évitant tout autant le sentimentalisme que la vaine démonstration virtuose, même dans la redoutable cadence. Mieux encore, il trouva aussi le moyen de glisser quelques belles touches personnelles dans les épisodes poétiques du mouvement. La Canzonetta lui permit de mettre en avant un très beau sens de la narration, ainsi qu’un lyrisme de bon aloi sans une once de larmoyance. Dans le Finale, Chen alterna avec un égal bonheur les épisodes lyriques traités avec beaucoup de finesse et ce qu’il faut de sentiment, et ceux plus rudes qui sentent bon la musique populaire russe.

Schønwandt se montra un partenaire excellent, obtenant de très belles choses de l’orchestre (en particulier les vents) et mettant très bien en valeur les nombreuses trouvailles d’écriture de Tchaikovsky. Chaleureusement ovationné, Ray Chen offrit un superbe bis, le Caprice n° 21 de Paganini, où son plaisir de jouer impressionna autant que sa stupéfiante maîtrise technique (quel beau spiccato!) et le beau son svelte obtenu de son Stradivarius de 1715.

On aurait aimé pouvoir être aussi élogieux au sujet de la Première symphonie de Brahms qui clôturait le programme, mais en dépit de quelques belles choses à noter du côté des vents (et des bois en particulier), l’interprétation de l’Orchestre national et de son sympathique invité laissa vraiment sur sa faim. Il serait inconvenant de reprocher aux cordes bruxelloises de ne pas avoir la sonorité de leurs confrères des illustres formations viennoises ou berlinoises, mais comment excuser les sonorités si rêches de violons sans profondeur ni rondeur ? En plus, même si le début de l’œuvre laissait espérer de belles choses, l’interprétation de Schønwandt tomba rapidement à plat, principalement faute de cette tension qui, dans les grandes (ou simplement justes) interprétations jaillit naturellement de la musique même, mais qu’il est impossible d’appliquer de l’extérieur. Hélas, c’est en vain qu’on attendit du chef danois qu’il nous guide dans la complexité et la grandeur de l’œuvre.