Pour le Simon Boccanegra donné en clôture de sa saison lyrique, l'Opéra Royal de Wallonie a confié la mise en scène à Laurence Dale, ancien ténor, directeur de l'Opéra de Metz au début des années 2000 et chef d'orchestre par ailleurs. De facture classique, assez loin d'un Regietheater omniprésent ces derniers temps sur les scènes lyriques, sa réalisation propose de très belles images, souvent comme des tableaux de maître qui ravissent l’œil et reposent l'esprit. Le parti pris de transposer l'action dans une esthétique Art déco (évoquée par les décors de Gary McCann) apporte tout de même une originalité et fonctionne avec naturel, en offrant aussi une variété de points de vue lorsque le plateau tournant se met en mouvement.

Simon Boccanegra à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
© J. Berger / ORW Liège

Les costumes de Fernand Ruiz forment un alliage élégant entre les périodes Renaissance et années 1930, tandis que les éclairages savamment dosés de John Bishop participent aux changements d'ambiance, soit en clair-obscur, soit en faisant briller davantage la lumière solaire. La mer, omniprésente dans la partition verdienne, est représentée sous un ciel nuageux sur l'immense panneau en fond de plateau. Une petite réserve à apporter au traitement visuel : c'est vers l'arrière de la scène que part Simon à la conclusion de l'ouvrage, tenant la main de Maria, sa femme et fille de Fiesco morte 25 ans plus tôt. On préfère à vrai dire la mort traditionnelle du Doge expirant à terre, qui amène généralement plus d'impact au drame, plutôt que cette sortie de scène d'un Boccanegra finalement bon pied, bon œil.

Simon Boccanegra à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
© J. Berger / ORW Liège

Pour son dernier spectacle en tant que directrice musicale de l'Opéra Royal de Wallonie-Liège, en poste depuis la saison 2017-2018, Speranza Scappucci galvanise ses musiciens. Les premières mesures lentes du prologue, poétiques en même temps que menaçantes, annoncent la funeste intrigue qui suivra, certaines notes restant comme suspendues. Mais les grands climax sont joués également avec la puissance attendue, comme l'élection de Simon en Doge, ou plus tard lors de la scène du Conseil. Préparés par Denis Segond, les chœurs chantent avec enthousiasme et sont bien coordonnés collectivement.

La distribution vocale est dominée par les deux rôles principaux, en tête George Petean qui défend Simon Boccanegra et confirme sa place parmi les tout meilleurs barytons Verdi actuels. Le timbre est d'une noblesse rare, le volume très appréciable et le style se développe sur un legato soigné. Ses accès d'autorité sont bien rendus, tout comme les moments d'émotion, en particulier le tableau final où il se meurt à petit feu du poison bu, seul dos à la mer assis sur son trône en hauteur. En Amelia, la soprano Federica Lombardi possède de très impressionnants moyens, alliés à une qualité de timbre d'une immédiate séduction, ainsi qu'à une musicalité sans faille. Sa tendance naturelle semble être de chanter forte, et sans doute un rééquilibrage vers plus encore de tendance piano, voire pianissimo pour les moments de douceur extrême, amènerait une ivresse auditive supplémentaire.

Federica Lombardi (Amelia Grimaldi) et George Petean (Simon Boccanegra)
© J. Berger / ORW Liège

La basse Riccardo Zanellato tient son rôle de Jacopo Fiesco avec noblesse, en chantant toutes les notes de la partition, y compris celles sollicitant le grave le plus profond, mais avec parfois un petit déficit de volume lors de l'intervention des choristes ou d'autres partenaires. Distribué le plus souvent dans le répertoire français ou belcantiste italien, Marc Laho n'est pas exactement le ténor verdien qu'on attend en Gabriele Adorno ; il tient cependant le rôle avec un soin particulier apporté à l'articulation du texte, un registre médium vaillant, alors que l'extrême aigu a tendance à se resserrer. Cinquième rôle d'importance, Paolo Albiani est attribué à Lionel Lhote, qui ne possède pas forcément le grain noir du timbre avec lequel s'exprime le méchant de l'histoire, mais il rend crédible le personnage par le mordant de ses attaques et sa franche projection vocale.


Le voyage d'Irma a été pris en charge par l'Opéra Royal de Wallonie-Liège.

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