Concert exceptionnel au Théâtre des Nations puisqu’il accueillait la soprano bulgare Sonya Yoncheva qui fut, rappelons-le, membre du chœur de l’Opéra de Genève le temps de ses études au Conservatoire. Si, à l’époque déjà, on a pu se rendre compte du timbre riche et de la vocalité aisée de la soprano, ce récital entièrement dédié à Verdi a permis de confirmer l’ampleur des ses qualités vocales.

© Gregor Hohenberg | SonyClassical
© Gregor Hohenberg | SonyClassical

Entrée en matière avec la saisissante ouverture de Nabucco. L’Orchestre de Chambre de Genève sonne bien, les trombones sont impériaux à souhait, le hautbois solo et les flûtes de très belle tenue. On note de-ci de-là quelques errements chez les cordes et en particulier dans les pupitres des violons, mais globalement l’ensemble tient ses promesses, proposant un Verdi ni étouffé ni boursouflé. Et avec quel brio la direction haletante de Francesco Ciampa parvient à susciter des couleurs orchestrales, à faire naître la tension dans ces musiques opératiques ! 

L'introductif « Tacea la notte placida » du Trouvère met tout de suite le public au parfum : la voix est ample, le timbre riche, le texte bien exposé comme dans « Tu puniscimi, O Signore » que la soprano fleurit de belles retenues. Si les pianissimi sont beaux, c'est avant tout la puissance vocale qui impressionne.

On savoure avec bonheur l’Ouverture de la Force du Destin, et bien sûr le magnifique « Pace, mio Dio » où on peut apprécier le sens du tragique chez Sonya Yoncheva - sens du tragique qui prime sur la vulnérabilité et le désespoir. De ce point de vue, on regrette surtout que les violons n'aient offert plus de nuances dans les dynamiques, que les contrebasses n'aient fournit plus de gras dans les grands tutti, en un mot, que les cordes n'aient pu mieux relayer le drame.  Les seconds violons en particulier ont manqué de jus, ce qui a malheureusement provoqué un déséquilibre entre, d'une part, la somptuosité de la voix de la chanteuse et la grandiloquence verdienne, et de l'autre, le creux harmonique et sonore à l’orchestre ; peut-être une question d’habitude, un orchestre de chambre étant peu amené à jouer du Verdi.

Le « Toi qui sus le néant » de Don Carlo offre une ouverture de trombones noirs à souhait et une reprise électrisante de la cantatrice, chez laquelle tout au plus peut-on regretter un français peu audible par moment. S’ensuit le « Lunge da lei » par Marin Yonchev, ténor et frère de Sonya, qui ne peut cependant prétendre rivaliser avec le niveau vocal et musical de sa sœur. Mais l'attitude si simple de Marin Yonchev, la complicité que les deux témoignent à chanter ensemble le merveilleux « Oh mia Violetta, Parigi o cara… Gran Dio ! morir si giovine » font que nous ne pouvons garder en mémoire que l’émotion de cette scène si touchante où la sœur soutient et porte son frère.

Une bien belle soirée portée par une voix forte et somptueuse. La seule réserve pourrait venir de la puissance même de cette voix, qui parfois peut paraître trop enrobée et engorgée. On aimerait parfois entendre une émission plus en avant, qui aurait l’avantage de conférer à sa voix quelque chose de plus fragile, de plus sensible et touchant. Demeure ce velouté dans le timbre, qui n’aura pas manqué d’éblouir un public genevois conquis. 

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