Dans une interview réalisée en mai 2021 par l’Opéra de Paris, Gustavo Dudamel déclarait vouloir continuer de développer le répertoire symphonique avec l’orchestre dont il est le nouveau directeur musical, insistant sur la complémentarité de celui-ci avec l’opéra. Mais le maestro vénézuélien n’a pas tellement convaincu pour ses débuts à la tête de la phalange à la Philharmonie de Paris, dans un programme pourtant alléchant, avec la Symphonie fantastique en plat de résistance.

Gustavo Dudamel et l'Orchestre de l'Opéra national de Paris
© Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Placé après l’entracte, le monument d’Hector Berlioz présente l’avantage de particulièrement bien mettre en valeur l’orchestre, tant sur le plan collectif qu’individuel. Cela correspond bien au souhait de Dudamel de montrer que l’Orchestre de l’Opéra national de Paris n’est pas qu’un orchestre de fosse, dans la lignée de son prédécesseur Philippe Jordan, qui réalisa de solides intégrales des symphonies de Beethoven et Tchaïkovski. La Fantastique affiche ainsi sous sa direction de très belles couleurs dès le début, où le maestro prend le temps de distiller un certain mystère, par un geste interprétatif interrogatif qui laisse résonner les silences et invite l’orchestre à ne pas monter tout de suite en volume sonore. Bras près du corps et gestique claire sans être effusive, Dudamel opte pour des tempos globalement mesurés, en particulier dans « Un bal », et paraît ne pas trop vouloir s’immiscer dans les interventions des solistes. On écoute ainsi avec une certaine délectation celles de Jacques Tys avec son hautbois légèrement pincé mais infiniment chantant, et celles de son collègue Christophe Grindel au cor anglais, impérial dans le solo fleuve de la « Scène aux champs ». Les pupitres pris séparément se démarquent aussi, comme les cuivres rugissants de la « Marche au supplice » ou les bassonistes qui tirent leur épingle du jeu par leur sonorité acide au début du même mouvement.  

Mais se dégage assez vite une impression de frustration, de rendez-vous manqué. L’orchestre semble en permanence sur le fil, prêt à sortir de route à tout moment, conférant un désagréable sentiment d’insécurité. De fait, la première saillie des violons dans le mouvement initial est brouillonne, par la suite nombre d’attaques manquent de mordant, certains pupitres se décalent dans le troisième mouvement, et les fortissimos berlioziens paraissent bien faiblards. Dudamel n’est pas étranger à ces imperfections : il ne possède pas ce soir la fougue et l'exaltation qu’on lui connaît. Si le geste est clair, l'engagement ne suit pas, ce qui mène indubitablement à une interprétation conformiste, où subsistent quelques moments intéressants comme le Dies Irae final, mais qui sonne plus comme un enchaînement d'effets morcelé qu’un véritable glas émanant des ténèbres.

Le constat est encore plus accablant dans la Symphonie nº 31 qui reste anecdotique. L’effectif fourni chez les cordes déséquilibre les plans sonores et montre une amplitude de nuance restreinte, campant la plupart du temps sur un mezzo forte confortable mais bien vite lassant. Le tout manque cruellement de légèreté, d’élan et de vie, y compris dans un troisième mouvement pourtant rapide mais sans saveur. Seule l’Alborada del gracioso de Ravel interprétée en ouverture de concert aura présenté un intérêt du côté des timbres et de la danse, avec une mention particulière pour le basson ondoyant de Théo Sarazin.

Cette déception, à la hauteur des attentes placées dans l'arrivée du maestro charismatique à l’Opéra de Paris, ne sera visiblement pas partagée par la plupart des auditeurs, à en juger par les applaudissements très nourris et les nombreux rappels formulés par une assistance enthousiaste à l'issue du concert. Mais désormais, Gustavo Dudamel est attendu au tournant du Turandot qu’il dirigera en décembre prochain à Bastille, afin de réellement convaincre que les années à venir seront des plus heureuses avec l’orchestre, et aussi riches que lors de leur première et mémorable collaboration autour de La Bohème en 2017.

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