L’Orchestre National de France débarque au complet au Grand Théâtre de Provence pour deux pièces de choix, la Symphonie n° 5 d’Antonin Dvořák et le Concerto pour violon de Johannes Brahms.

Cristian Măcelaru et l'Orchestre National de France
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

La Cinquième de Dvořák est certes bien moins souvent donnée que la Neuvième dite « Du Nouveau Monde », mais elle séduit sans réserve l’auditeur, dans cette impeccable prestation de l’ONF placé sous la baguette de Cristian Măcelaru, son directeur musical depuis septembre dernier. Une atmosphère pastorale, printanière est installée dès les premiers mesures aux bois, puis les petits solos de hautbois, flûte, ou encore la trompette qui paraît comme lancer un appel au loin dans la montagne, contrastent fortement avec des tuttis récurrents qui sonnent généreusement. Les unissons des violoncelles, qui se développent ensuite à l’ensemble des cordes, sont de toute beauté au début du deuxième mouvement (« Andante »), puis le scherzo enchaîne directement sans pause – un mouvement plus joyeux, plus dansant, où l'on apprécie la direction franche du chef, lisible et très claire.

Le finale « Allegro molto » arrive en rupture assez nette avec ce qui précède, une couleur bien plus dramatique est donnée à la mélodie, reprise successivement par plusieurs pupitres. Les cuivres y mettent du brillant et les cordes déroulent plusieurs séquences de traits rapides dans une technique impeccable. Puissance et brio sont au rendez-vous de la conclusion, mais sans débordements intempestifs de décibels.

Pour le Concerto pour violon de Brahms, l’une des pièces majeures – et d’une extrême difficulté – écrites pour cet instrument, le Festival de Pâques a invité un autre directeur musical. Il s’agit de celui de l’Orchestre National de Lyon, en poste également depuis septembre 2020 et qui a succédé à Leonard Slatkin. Nikolaj Szeps-Znaider est donc certes directeur musical, ainsi que chef d’orchestre, mais il conserve toutes ses facultés de violoniste émérite. Il le prouve dès le redoutable premier mouvement « Allegro ma non troppo », par sa virtuosité et de grands coups d’archets en dialogue avec l’orchestre. Les mélodies sont enchanteresses et sa longue cadence avant la fin du mouvement soutient l’intérêt en permanence.

Nikolaj Szeps-Znaider, Cristian Măcelaru et l'Orchestre National de France
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

Mais le meilleur est peut-être à trouver dans l’« Adagio » suivant, au cours de ces longs développements mélodieux où son instrument chante comme rarement, avec un admirable legato. Il faut aussi mentionner le hautbois solo sans faute d’Armel Descotte en ouverture du mouvement, qui allie sûreté du jeu et qualité d’interprétation. Dans le troisième et dernier mouvement « Allegro giocoso », Szeps-Znaider fait à nouveau la démonstration de sa vélocité, d’une exigence parfois à la limite dans cette musique bondissante, aux accents clairement tziganes. L’orchestre et le soliste arrivent à bon port, mais sans donner en aucune façon l’impression d’une performance au spectateur… et pourtant !

Pour retourner à une ambiance plus rassérénée, les artistes proposent une pièce tranquille en bis, l’arrangement pour violon solo et ensemble de cordes du choral « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » de Johann Sebastian Bach, composé pour l’orgue dans sa version originale.

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