En marge des grands lieux du festival, les Flâneries Musicales de Reims proposaient ce 17 juin un récital de Thibaut Garcia, chef de file de l’école française de la guitare. C’est donc dans la charmante église de Saint-Brice Courcelles que le jeune musicien est venu proposer en plein après-midi un récital autour de compositeurs majeurs de la guitare du XVIIe au XXe siècle.

Thibaut Garcia
© Marco Borggreve / Warner Classics-Erato

Du livre pour la guitare de Robert de Visée paru en 1682, le guitariste a extrait la Première Suite en la mineur, florilège des danses françaises les plus en usage. L’artiste aborde ce répertoire avec une hauteur de vue que bien des luthistes pourraient envier. Après un prélude libre savamment déclamé, les danses surprennent pas leur élégante souplesse rythmique, l’Allemande déroulant sa polyphonie avec aplomb, la virtuose Courante crépitant d’ornements expressifs. Dans la Sarabande, le musicien timbre avec art les différents registres et chante avec une pureté de son enviable. Une même précision anime les danses rapides dont Garcia détaille les moindres inflexions rythmiques. On sent une attention permanente aux formes de notes les plus appropriées au phrasé et une grande subtilité dans la hiérarchie des accents.

Personnage haut en couleur qui ne détestait pas apparaître en concert en tenue tribale Guarani pour honorer la mémoire de ses ancêtres, le compositeur paraguayen Agustín Barrios Mangoré était passionné par la musique européenne, ainsi que l’explique Garcia dans une courte mais passionnante présentation. Les abeilles (Las Abejas) font briller une virtuosité tranquille, un trémolo langoureux chante sa plainte dans Una limosna por el amor de Dios, la réalisation d’un goût parfait fait valoir un discret rubato qui fait également chalouper la quatrième valse « alla Chopin » et irrigue la troisième d’un beau sentiment méditatif.

Une brève mais intense incursion vers le flamenco de Rondeña de Regino Sainz de la Maza prélude à l’air varié intitulé Sacrificio. Là encore, l’onctuosité du timbre et l’anticipation du discours fascinent, tout comme dans une Asturias d’Albéniz éminemment orchestrale, superbement ancrée dans son parcours harmonique. Garcia termine un récital d’une grande élégance par la très animée Première Rossiniana de Giuliani, arrangement haut en couleurs d’extraits d’opéra de Rossini. Là encore, le jeune virtuose toulousain étonne par son sens de la construction musicale et l’exceptionnelle maîtrise rythmique du discours dans les enchaînements les plus périlleux. Le concert s’achève sur une note sentimentale avec le beau Alfonsina y el mar d’après Ariel Ramirez. Un moment d’exception.


Le voyage de Philippe a été pris en charge par les Flâneries Musicales de Reims.

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