Grand érudit dont les ouvrages sur Bach font référence, claveciniste et organiste très estimé, John Butt est également le chef attitré du Dunedin Consort et l’invité régulier des principales phalanges britanniques sur instruments anciens. La rencontre avec l'Academy of St Martin in the Fields ce 22 avril promettait donc d’être passionnante, puisque l’orchestre « moderne » fondé en 1958 par le regretté Neville Marriner fut longtemps considéré comme une élégante alternative aux couleurs franches des premiers révolutionnaires de l’interprétation historiquement informée.

L'Academy of St Martin in the Fields placé sous la direction de John Butt
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Dans un programme consacré au génie anglais, John Butt a inclus deux mouvements du Concerto grosso de la compositrice contemporaine Errollyn Wallen dont les ostinatos très baroques font valoir la sûreté rythmique de la pianiste Elizabeth Burley et de Tomo Keller, premier violon de l’ensemble. La précision des cordes sert remarquablement ces réminiscences de Bartók et des minimalistes américains efficacement texturées, le chef habitué au boyau semble à son aise dans un univers bien éloigné des gigues en rondeau.

La partie baroque n’affiche malheureusement pas la même solidité technique ni le même enthousiasme. On reconnaît difficilement l’abattage et la légèreté légendaires de St Martin dans ce qui ressemble à une pénible lecture à vue. Vissés à leurs partitions, les musiciens exécutent une suite de Locke pesante et sérieuse, le détail rythmique est approximatif et l’intonation délicate. À part le crescendo spectaculaire du « Curtain Tune », le mot d’ordre semble être de jouer fort et tendu, sans grande écoute mutuelle, et les duos de flûtes et de hautbois raidissimes n’apportent hélas pas plus de légèreté au discours.

John Butt
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Sur le plan du coloris et de l’équilibre, troquer les trompettes pour des flûtes  traversières s’avère vraiment une très mauvaise idée dans la suite de Fairy Queen, et la version instrumentale de « If Love’s a sweet passion » ne fonctionne pas, faute d’un vocabulaire adapté. Terriblement compassée et techniquement fragile, la prestation trahit un rendez-vous manqué entre John Butt et la vénérable institution.


Concert chroniqué à partir du streaming proposé sur le site de l'Academy of St Martin in the Fields.

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