Belle soirée à laquelle étaient conviés les genevois, afin d’entendre ce magnifique Concerto pour deux orchestres à cordes, piano et timbales de Bohuslav Martinů ainsi que la pléthorique Neuvième Symphonie de Beethoven. 

Joshua Weilerstein © Felix Broede
Joshua Weilerstein
© Felix Broede

D’entrée de jeu, on apprécie l’énergique « Poco allegro » et le son admirable des timbales de l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Le tempo est vif, néanmoins sans sauvagerie, avec de beaux dialogues entre les deux orchestres. Le placement du piano au sein de l’orchestre, et non pas en avant, prédispose à ce que ses interventions soient plus intégrées dans la gangue orchestrale et moins mises en avant.  

Le « Largo » dense et dramatique évoque les mélismes d’un Britten dans ses plus sombres pages. Sur fond de pizzicati de cordes graves, les plaintes s’élèvent, sinueuses à souhait. L'« Allegro » final, empli de palpitations vibratoires et d’une somptueuse énergie est particulièrement bien amené par le chef Joshua Weilerstein qui use de nuances et d’une science des équilibres royale, sachant organiser avec maestria les énergies : équilibrer le sauvage, modérer les emportements sans en gommer les aspérités. 

Si Martinů a été un délice d’équilibre, la Neuvième Symphonie ne parviendra pas à poursuivre sur cette lancée. Les pupitres de violons notamment apparaissent trop faibles pour lutter contre la nature dominante des vents et cuivres dans les mouvements très énergiques de grand tutti. En conséquence, le son des cordes devient droit et un brin poussé, manquant d’apesanteur et d’un beau legato. Malgré tout le chef parvient à nous emporter dans sa vision de sa neuvième même si, lors de la grande montée sinueuse du final du premier mouvement, le moteur orchestral s'arrêtera malheureusement à mi-chemin. 

Le 2ème mouvement, « Molto Vivace », avec notamment des timbales bien sages, semble mettre de côté une certaine flamboyance au profit d’une rationalité mesurée. Ce Beethoven se retourne plus vers Mozart qu’il n’augure les emportements de Berlioz. « L’Adagio molto e cantabile » en revanche offre une très belle ambiance, soulignée par la grande fluidité des vents ainsi que par un chef qui ourle sa direction d’une grande souplesse et délicatesse. Les amortis sont beaux, les nuances sont là, tout en évitant toute afféterie inutile.

Le mouvement final déploie une fugue initiale ourlée par l’intervention très musicale du basson solo et des alti suaves à souhait. Le plateau de solistes est marqué par l’intervention de la basse Milan Siljanov, un bonheur de rondeur et de timbre. Le ténor Ben Johnson possède un joli timbre, malgré un volume un peu faible et quelques portati inadéquats. La soprano Gemma Summerfield, parfois vacillante dans le quatuor, fait néanmoins montre de charme dans le fruité de la voix. Quant au chœur des Vocalistes de la HEM Lausanne, il offre de jolies voix, des pupitres homogènes et équilibrés. On regrettera en revanche un manque chronique de ligne et de texte. « L Hymne à la joie » aura ainsi souffert d'une projection souvent syllabique : quel dommage de ne pas plus étirer ces phrases ! Néanmoins, l’auditoire se souviendra certainement longtemps du final pris à un rythme endiablé, œuvrant à distiller une joie durable sur des auditeurs visiblement conquis.

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