En écho à la parution du disque Lachrimae paru chez La Música, Zachary Wilder a livré ce 17 novembre salle Cortot une lecture remarquable du recueil de 1607 autour des sept variations sur la pavane Lachrimae de Dowland, ouvrage brodé de pièces instrumentales dans lesquelles l’ensemble a sélectionné quelques gaillardes et allemandes. En complément, cinq songs tirées des premier et second livres « d’ayres » explorent le thème de la Mélancolie qui connut en Angleterre un développement spectaculaire touchant les domaines de la philosophie, de la médecine, de la littérature et de la musique.

Zachary Wilder
© Pauline Darley

C’est entouré de l’ensemble La Chimera que le ténor américain passe en revue les différents procédés d’écriture de cette poésie en musique dont Henry Purcell se souviendra. Composé de deux basses de viole, d’un ténor et d’un violone, l’ensemble guidé par un Eduardo Egüez à l’immobilité fascinante et au luth à peine perceptible compte en outre un violon à la voix supérieure à la place d’un dessus de viole, pratique courante dite de consort « brisé » suggérée par Dowland lui-même dans la page-titre de l’ouvrage. La couleur d’ensemble est dense et équilibrée, le violon de Margherita Pupulin se fondant parfaitement avec la sombre polyphonie des violes et le timbre argenté de Zachary Wilder.

Le consort donne aux allemandes la vive légèreté requise, la subtilité rythmique des voix intermédiaires riches en contretemps sonne avec un grand naturel, les gaillardes s’élancent avec une belle et simple franchise. Un grand mystère entoure la signification des titres des pavanes, cependant La Chimera parvient à les caractériser en soulignant discrètement les particularités de chacune d’entre elles. Simplicité du flot mélodique de l’Antiquae, intériorité retenue de la Gementes à la complexité sublime, fil ténu de la Tristes qui laisse chanter le luth, on retient son souffle devant la perfection de ce travail de chambristes.

Zachary Wilder place la beauté du son avant toute chose à l’instar des chanteurs du passé, on pense par exemple au Martyn Hill du Consort of Musicke ; la voix est libre et d’émission très égale, un léger vibrato anime le timbre, la couleur la plus suave sert pareillement tendresse et désespoir. Le chanteur ose quelques formes de notes, soupirs, légère ornementation mélodique qui ferait passer Emma Kirkby pour une reine de l’outrance, à peine quelques audaces étoffent-elles le propos dans le bis « Dear, if you change ». On reste pourtant sous le charme de ce chant d’une élégance suprême qui se mêle à la saveur boisée des cordes, notamment dans l’intime « Go crystal tears » et qui joue avec les souples contretemps de « His golden locks ».

Un difficile exercice où « less is more ».

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