Soirée spéciale au Victoria Hall puisque nous n’entendons pas l’Orchestre de la Suisse Romande mais un ami, un voisin : l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Ces deux phalanges côtoient les rives du même lac et se partagent la part belle de l’offre musicale en Suisse Romande.

Simone Young © Monika Rittershaus
Simone Young
© Monika Rittershaus

Le beau programme débute avec Apollon Musagète de Stravinsky, un ballet en dix mouvements qui date de 1927, pour un effectif de cordes seulement. L’Orchestre de Chambre de Lausanne nous offre le son éduqué et très homogène qu’on lui connaît ainsi que les très belles interventions solistes de son konzertmeister François Sochard : un bonheur de musicalité, doté d’un très beau son, sans affectation, et d’une projection idéale.

Emblématique de l’époque néo-classique de Stravinsky, ce ballet rappelle sans aucun doute le Rake's Progress avec ses accélérations, ses ruptures mais aussi ses très belles mélodies et les aspects grinçants et ricanants de l’humour du compositeur, distillés çà et là dans l’œuvre. La cheffe Simone Young fait montre d’une magnifique énergie et d’un bel aplomb afin d’offrir une vision vivifiante du ballet. Sa direction lisse toutefois trop la dimension grinçante et humoristique de l'ouvrage, qui mériterait un traitement plus incisif. On apprécie néanmoins les superbes irisations des mouvements lents et l’évident plaisir de l’orchestre à suivre la cheffe dans le moindre de ses faits et gestes, produisant une lecture aboutie et un traitement des dynamiques maîtrisé.

En fin de première partie, l’altiste Nils Mönkemeyer nous propose la Fantaisie pour alto et orchestre de Hummel, pot-pourri extrêmement virtuose qui offre à entendre toutes les qualités requises de la part d’un musicien aguerri : sens de la vocalité, belle ligne, vibrato naturel et distingué, faisant miroiter le timbre sombre de l'instrument, l’éclat et la projection de très beaux aigus. Sous l’impulsion de sa cheffe, l'orchestre aux aguets réagit avec vivacité et entretient un beau dialogue avec le virtuose. La « Sarabande » de Bach donnée en bis permettra d’entendre avec délectation une profondeur musicale qui aura fait un peu défaut dans le Hummel.

Pour clore le programme, Simone Young propose sa vision de la Symphonie n° 38 dite « Prague » de Mozart : énergie et contrastes sont à l’œuvre, tout en conservant le son éduqué entendu dans Stravinsky. On admire alors une grande homogénéité dans le traitement de la pâte sonore. La cheffe déploie une énergie considérable, le geste haut, témoignant d’une joie communicative et d’une émotion à fleur de peau, comme en témoigne la présence appuyée des timbales. Le Mozart proposé par Simone Young est fait de ruptures et de contrastes dynamiques, surlignés par une baguette pléthorique. Les vents brillent dans l'« Andante », offrant une douce lumière à l’ensemble, avant d’enchaîner avec un « Presto » savoureux : flûte, hautbois et basson solos montrent tour à tour leur grande qualité, offrant une jubilation certaine à ce Mozart qui ne manque ni de charme, ni de verve juvénile. Débarrassée de toute lourdeur inutile, cette lecture énergique de la Symphonie n° 38 par un orchestre galvanisé aura en revanche un brin manqué de hauteur de vue, de simplicité et de poésie. Il en faudrait plus pour altérer l'enthousiasme de l'assistance : réjouissons-nous d’entendre des cheffes d’orchestre de la trempe de Simone Young !

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