Yuja Wang était très attendue en ce dimanche soir à Bozar en compagnie de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam et Tarmo Peltokoski. Élève, comme tant d’autres avant lui, du mythique Jorma Panula, ce jeune chef finlandais montre quant à lui un courage impressionnant : il en faut, pour s'attaquer à 21 ans à Sibelius et Wagner ! Son interprétation laissera cependant une impression relativement mitigée.

Tarmo Peltokoski
© Peter Rigaud

La Rhapsodie sur un thème de Paganini du compositeur russe Sergueï Rachmaninov trouve un relief intéressant sous la baguette de Peltokoski. Comme un cinquième concerto déguisé autour d’une succession de variations sur le Caprice n° 24 de Paganini, la rhapsodie se développe avec piquant grâce à la flûte légère de Juliette Hurel et aux bassons très inspirés de Lola Descours et Marianne Prommel. L'entrée de Yuja Wang pousse cependant l’orchestre à davantage de sobriété. L’énergie contenue de la pianiste chinoise confère un aspect sérieux, froid, presque hiératique à l’œuvre. Si ce parti pris semble trop sage dans les accents presque jazzy de la partition, on se doit de reconnaître que cette pudeur donne à la fameuse dix-huitième variation une émotion bouleversante. Au terme des circonvolutions virtuoses de Rachmaninov, le chef et la soliste s’asseyent tous deux devant le piano pour offrir trois bis à quatre mains à un public bruxellois très réceptif. Et à travers un sulfureux Libertango et des Danses hongroises de Brahms survoltées, les deux artistes laissent éclater à travers une virtuosité sidérante un humour pour le moins ravageur !

Aller proposer l’ouverture du Fliegende Holländer au début de la soirée était une excellente idée ; cette ouverture vaillante et dramatique ne jette cependant pas trop d’ombre sur la Rhapsodie de Rachmaninov qui suivra. De la vaillance et de l’éclat, le jeune chef finlandais en a effectivement à revendre, avec de beaux fortissimos et une agréable verve, plus proche d’ailleurs de Brahms (son clair, fanfares puissantes mais pas pompeuses, accents presque folkloriques dans les bois) que de Wagner (si les cordes avaient été plus capiteuses, les fanfares rondes et chaleureuses, la tension dramatique constante). Mais du drame, il n’en est rien : on peine à distinguer l’apparition et le développement des différents thèmes et les contrastes de nuances se contentent d'un rôle plus esthétique que dramatique.

Cette direction fragmentée demeure dans la Deuxième Symphonie de Sibelius qui mêle noirceur et espoir. Certainement plus familier du jeune chef (qui dirige par cœur !), ce répertoire est mené avec davantage de cohérence mais de manière assez irrégulière. Malgré ses 45 minutes au compteur, cette grande symphonie paraît abordée à court terme, laissant se côtoyer de brillants coups d’éclats à d’autres passages laissés à l’abandon où se dévoilent ici et là quelques soucis techniques. Le début du finale avec son thème grandiloquent trouve par exemple une belle évolution dans la suite du mouvement, alors que les passages en pizzicati qui ouvrent le second mouvement sont systématiquement gâchés par un lourd déséquilibre entre les bois et les cordes. L'agitation constante de Peltokoski crée toutefois une énergie réjouissante, dans les phrasés des violons comme dans le piquant du hautbois. Et pour pallier quelques passages à vide, le maestro peut heureusement compter sur les timbales puissantes et solides de Danny van de Wal, qui viendra l'épauler tel un deuxième chef d'orchestre.

***11